Bretagne : Quel projet de société voulons nous sur le littoral?
Par Yves Lebahy, Géographe
- La crédibilité d’une communication au grand public d’un côté, qui pose tout autant la question de la neutralité de l’expertise scientifique que celle de l’utilisation qui en est faite.
- Les motivations de cette demande d’extraction qui posent le problème du besoin, c’est à dire celui du projet de société que nous voulons sur ce littoral.
Sur le premier point, la communication qui est faite à partir des expertises scientifiques pose problème. Il ne s’agit pas de mettre ici en cause le sérieux de ces études, conduites le plus souvent par des experts et des bureaux d’études reconnus, mais bien de mesurer l’impact de leur dépendance à l’égard d’un commanditaire qui représente uniquement l’intérêt des sociétés d’extraction qui les financent, dans des conclusions unilatérales qui peuvent paraître contestables sur certains points. Mais plus que la crédibilité de leurs conclusions, c’est l’usage qui en est fait par les groupes pour communiquer à l’égard du grand public, les utilisant pour affirmer que ces prélèvements sont sans danger pour les équilibres naturels et faunistiques. Or certains arguments sèment le doute, plus qu’ils n’apportent de la crédibilité à l’argumentaire développé. La communication ainsi réalisée semble peu honnête, voire manipulatrice; exemples : l’absence d’effets de la houle sur les fonds de plus de 20 m, le rôle d’obstacle d’une soit disant barrière rocheuse dans la migration des sédiments, l’absence d’interférence entre les systèmes dunaires depuis 8000 ans… toutes affirmations suspectes pour qui est informé de ces choses.
Dans quelle mesure peut-on considérer comme crédibles de telles affirmations péremptoires ? Elles ne relèvent en rien de la prudence et de l’humilité que doivent avoir les conclusions scientifiques normalement marquées par le doute et l’interrogation. Elles jettent un discrédit sur l’argumentaire développé par les groupes sur ces sujets d’importance, dans leur communication.
Les études, pour être crédibles doivent rester neutres. Elles nécessitent du temps (15 ans en Grande Bretagne pour des études analogues). La communication qui en est faite doit être humble, mesurée et nuancée. Se trouve ainsi posée la question fondamentale d’un comité scientifique indépendant de tout intérêt, confrontant les points de vue et contrôlé par les institutions en place. C’est ce que nous appelons de nos vœux.
Quant au second point, celui des besoins en sables, il mérite lui aussi d’être nuancé. Certes les tendances actuelles du marché nécessitent un approvisionnement croissant sur la région mais aussi en Ile de France et dans le Sud Ouest, pour ne rester que sur le marché français. En Bretagne, plus particulièrement, il est réel : effectivement le marché breton consomme actuellement 10 tonnes de granulat par habitant et par an quand le marché national s’établit sur une moyenne de 7t/h. Mais cette tendance est-elle dans une logique économique justifiée dans le cadre d’un développement durable auquel nombreux sont ceux qui s’y réfèrent ? Quant on sait qu’actuellement en zone littorale, c’est à dire là où résident les 2/3 de la population de la région, la moitié des constructions réalisées sont des résidences secondaires, on peut s’interroger sur le bien-fondé d’un tel besoin. Même les responsables régionaux du tourisme s’inquiètent aujourd’hui de ces orientations qui, au-delà de la simple question de la déstabilisation du trait de côte, condamnent à terme l’activité touristique de la région. Par ailleurs, les effets de telles orientations ont des conséquences socio-économiques néfastes et largement démontrées aux équilibres de la société : mono-activité touristique, exclusions sociale et générationnelle, mobilité accrue des populations. A un moment où la région se lance dans un projet pour son littoral (Cf : Charte du littoral breton) est-il pertinent de laisser les tendances du marché organiser ainsi notre vie et transformer de la sorte notre environnement ?
Il est urgent que les choix politiques priment sur les tendances économiques. Cette question du soi-disant besoin en sable est révélatrice des problèmes que doit affronter notre société. Ces besoins ne sont en rien une nécessité. Les instances politiques orientant un projet de vie pour les populations littorales de la région ont à se positionner sur cette question qui dépasse largement la simple dimension locale de Gâvres-Quiberon. Nous attendons leurs réponses.
Yves Lebahy
Discours fest noz du Peuple des Dunes
Port Louis le 08 Septembre 2007
• problèmes soulevés par les prélèvements de sable marin
• PER Sud Lorient. Pourquoi un comité scientifique indépendant est-il nécessaire ?
• les interrogations du Peuple des Dunes
Mots-clés : Lebahy, Argument, Bretagne
![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)






1 - donneur de leçons
Monsieur LEBAHY, c'est facile de donner des leçons....combien de KM parcourez vous par an avec une vielle voiture diesel pour traverser le Mobihan et aller enseigner à Lorient
pourquoi ne pas donner l'exemple jusqu'au bout ?
mais ce n'est pas médiatique tout ça...