Sep. 06 12

Version imprimable Gâvres, message d'alerte extraction de sable par le cimentier Lafarge

Dans la baie de Quiberon à Gâvres


André Berthou, Photo archive BC

Madame, Monsieur,

Ceci est un message d’alerte.

Par solidarité avec tous les bretons, l’association que je préside tient à vous informer du projet d’extraction de sable sur le littoral breton, par le groupe Lafarge.

Vous trouverez ci-joint, d’une part une fiche documentaire sur cette menace et d’autre part une affiche que vous pourrez dupliquer en A3 et que vous pourrez diffuser auprès des membres de votre association et de vos amis, en les invitant à les distribuer dans les commerces de votre région et les espaces ouverts au public, afin de sensibiliser le plus possible de personnes sur ce projet qui menace le développement durable de nos côtes bretonnes.

En vous remerciant de votre mobilisation, kenavo.

Association de sauvegarde du littoral de Gâvres.

Le président, André BERTHOU

L’EXTRACTION DU SABLE MARIN DANS LA BAIE DE QUIBERON et de GAVRES

par le cimentier groupe LAFARGE :

UN PROJET DESTRUCTEUR POUR LE LITTORAL DUNAIRE


Le 3 mai 2005, un arrêté ministériel, publié au Journal Officiel du 27 mai 2005, a accordé à trois sociétés filiales du groupe Lafarge, à savoir les sociétés Rennaise de Dragages, GSM et Granulats Ouest, un permis exclusif de recherches (PER) de sable et de graviers siliceux marins, pour une durée de deux ans. Ce PER doit déboucher à terme sur une concession minière d’une durée de 50 ans, en vue d’extraire un million de tonnes de sable par an. Il porte sur une superficie de plus de 16 km2, située sur les fonds marins du domaine public maritime, le long des côtes du Morbihan, sur l’axe Belle-Île - île de Groix. (voir carte en annexe)
 
1. Une histoire ancienne menée dans le plus grand secret et sans aucune consultation des élus, pour faire de la région de Lorient et de Quiberon une des plus vastes zones industrielles de la filière du béton

• Un dossier construit secrètement depuis plus de six ans Ce projet a vu le jour il y a plus de six ans. Le groupe Lafarge, dans le but de diminuer les coûts d’extraction de sable en carrière, a imaginé de procéder à l’enlèvement de ce dernier directement sur les plages puis devant l’opposition que cela aurait suscitée, a déplacé ce projet d’extraction à quelques milles du rivage. La zone concernée a alors été définie après concertation avec les services du GERBAM pour éviter de procéder à une extraction directement sur l’actuelle zone de tir. Puis différents services de l’État ont été consultés et ceux-ci se seraient montrés plus que réservés à l’égard de ce projet, exigeant qu’une étude des incidences soit réalisée.

Passant outre à ces réserves, le groupe Lafarge a poursuivi son projet. Une procédure d’appel d’offres a été lancée au Journal Officiel au début de l’année 2005, laquelle a retenu, sans surprise, les filiales du groupe Lafarge. Cela leur donne désormais vocation à être directement attributaires du permis d’exploitation qui devrait intervenir dans 12 mois environ, après l’expiration de l’actuel permis de recherche.

La recherche devait porter, dans un premier temps, sur la connaissance géologique et sédimentaire des fonds marins, la caractérisation biologique, la modélisation des courants et de l’agitation marine, enfin sur l’analyse des œufs de poissons et de l’ichtyoplancton.
Les sociétés pétitionnaires avaient en effet, dans leurs déclarations initiales, précisé qu’«un modèle mathématique de propagation des houles sera élaboré, à l’échelle de la baie, pour différentes conditions de houle du large(.). Il rendra compte de la propagation des houles jusqu’à la côte, dans la configuration actuelle des fonds(.), puis, dans la configuration d’une exploitation future, qui conduirait au creusement d’une souille. Par comparaison de ces deux catégories de situation, on peut percevoir l’importance de la modification topographique, induite par un dragage, sur l’orientation et l’énergie des trains de houle à la côte, ou l’absence d’effets mesurables.»
 
Revenant sur ses engagements, le groupe Lafarge, dans une note dénommée GRAMAR n°1, circularisée en juin 2006, écrit : «les courants côtiers et leur influence sur le trait de côte constituent un sujet d’étude très important pour les communes littorales et leur économie. C’est néanmoins un sujet indépendant de notre projet. Nous accepterions cependant de prendre part à un groupe qui travaillerait sur ces questions et de participer éventuellement à une partie de son financement.» Ainsi donc aucune étude et aucune recherche véritable n’ont été mises en œuvre pour prévenir la catastrophe annoncée et protéger les populations et leurs biens. En fait de recherche, le groupe Lafarge se borne à étudier la quantité et la qualité du sable qui, d’après les renseignements communiqués, serait plus abondant que prévu. Cela permettrait d’extraire un million de tonnes par an et non plus 500 000 tonnes comme annoncé dans un premier temps. Cela souligne le dévoiement du mot «recherche» dans ce projet car, autant l’on comprend qu’il faille rechercher des gisements de pétrole ou de minerais, autant rechercher du sable dans une baie sableuse constitue une absurdité intellectuelle.
 
• Un vaste projet à trois composantes, soigneusement instruites de façon séparée : extraction et lavage du sable et fabrication du béton De fait, et malgré les dénégations des intéressés, il s’agissait d’un projet très élaboré de mise en place d’une filière du béton dans la région de Lorient et de Quiberon : extraction du sable dans la zone allant de Quiberon à Gâvres, lavage du sable au port du ROHU, à Lanester, et fabrication du ciment dans une nouvelle cimenterie, l’une des plus grandes d’Europe, située à Kergroise, près du centre ville de Lorient, par la société CIMAMOR, société belge, travaillant sous capitaux sud-américains et gérée par une société ayant son siège à Madrid. Cette cimenterie devait fonctionner 24H sur 24, 7 jours sur 7, dans une installation haute de plus de quarante deux mètres, équipée d’une cheminée et de trois silos, visibles de tous les habitants de la rade. Elle devait générer une pollution auditive importante ainsi que l’émission de 56 tonnes de poussière par an, propre à colorer en gris tout l’environnement.
Ces deux derniers projets ont été mis en échec, définitivement, espérons-le, grâce à l’action d’associations et au courage de certains élus

*la fin du projet de cimenterie à Lorient Le maire de Lorient, face à l’émoi de la population et des associations, a mis fin au projet de cimenterie, en octobre 2005

* Le refus de la ville de Lanester de faire du port du Rohu un lieu de lavage du sable La maire de Lanester s’est opposée fermement à ce projet et a refusé, par arrêté, l’autorisation de débarquement sollicité. Le Préfet du Morbihan a déféré cet acte devant le tribunal administratif de Rennes, qui a rejeté son recours. Le débarquement du sable n’est donc pas autorisé à cet endroit.

2. Une catastrophe écologique à redouter dans cette zone fragile et protégée par Natura 2000


Les côtes jouxtant la zone de recherche de sable marin constitue le plus vaste ensemble dunaire de Bretagne depuis la presqu’île de GAVRES jusqu’à la pointe de Quiberon. Ce site a été déclaré par Bruxelles d’intérêt communautaire et c’est la raison pour laquelle il profite d’une mesure de classement Natura 2000 et bénéficie à ce titre de mesures de protection spéciale, pour la faune et la flore.

Or, cette zone d’extraction est située à moins de 3 milles des côtes puisque l’îlot TEVIEC est à moins de 2,4 milles et celui de Basse Ledan à 1,97 milles alors que ces deux petites îles sont comprises dans la zone Natura 2000 que constitue la baie de Quiberon.

Sachant que, lorsque l’on creuse sur une plage ou en mer un trou, la mer comble automatiquement ce trou par aspiration du sable environnant, il est évident que le cordon dunaire du grand Site sera sinistré, voire appelé à disparaître. Les dégraissements des plages intervenus ces dernières années à Gâvres, notamment, peuvent laisser augurer la pénétration de l’océan dans la petite mer de Gâvres.

Tous les scientifiques consultés ont confirmé notre analyse, à savoir la perspective d’une submersion d’une grande partie des côtes du littoral, consécutive à la disparition des dunes côtières qui constituent le seul rempart ou pare- choc contre la violence des marées. Toute la zone côtière se situe à moins de six mètres de hauteur par rapport au niveau de la mer, lequel est fluctuant et en hausse continue. Consécutivement Gâvres comme Quiberon sont appelés à redevenir des îles. Une grande partie du village de Gâvres étant construit à un niveau d’environ 80 cm en dessous de la mer est appelée à disparaître.

Des antécédents de destruction de sites par des programmes d’extraction de sable existent, notamment au cap Fréhel où les plages de sable sont progressivement devenues des plages de galets. A noter que le tribunal administratif vient d’ordonner l’arrêt d’exploitation en mer et ce d’autant que le sable extrait était destiné non pas seulement aux entrepreneurs bretons, mais à ceux de Grande-Bretagne qui, elle, interdit désormais toute extraction de matériaux en mer.

Gâvres ne tient qu’à un fil et Quiberon aussi. Veut-on à terme être contraints de construire des dunes de béton pour éviter la destruction du cordon dunaire, aspiré par cette extraction industrielle, dunes construites, aux frais du contribuable, avec le sable même qui leur aura été retiré ?

Les carrières de sable, dans des zones moins fragiles, existent mais l’extraction coûte plus cher. Veut-on détruire notre patrimoine côtier pour permettre au groupe Lafarge de faire de plus grands bénéfices ?

3. Une catastrophe économique et sociale


Au-delà de ces aspects écologiques, la poursuite de ce projet met en péril tout l’essor économique de la région. Pour quelques emplois industriels créés, c’est à la destruction de milliers d’emplois, du tertiaire notamment, qu’on risque d’être confrontés, au moment même où cette côte a su trouver un développement touristique et économique tout à fait prometteur.

• Pour les pêcheurs La pêche sera gravement affectée par la disparition des frayères de pêche et de gisements naturels de coquillages vivants (coquilles Saint Jacques, palourdes, oursins) qui se trouvent sur la zone d’extraction projetée.

• Pour le tourisme Les vacanciers déserteront cette zone actuellement en plein essor, pour toutes sortes de nuisances, sonores, visuelles et pour la dégradation de l’environnement et notamment de l’amaigrissement des plages.

Toute la zone concernée verra en effet affecté durablement son environnement : en transformant cette zone touristique en bassin industriel, le groupe Lafarge fera évoluer sur zone une noria de bateaux. Ceux-ci génèreront bruits, rejets d’hydrocarbures et d’huiles et, en brassant les fonds, troubleront les eaux de baignade et ruineront définitivement l’économie hôtelière et la restauration.

Il y a quarante ans, la France a sacrifié les plages méditerranéennes à l’embouchure du Rhône, en autorisant les industries pétrolières à s’installer à Fos- sur-Mer. Cette région est aujourd’hui désertée par le tourisme, en raison de la pollution développée et le projet industriel n’a pas répondu de surcroît aux attentes économiques.

Il ne faut pas que la baie de Quiberon devienne une zone industrielle dans les mêmes conditions, abandonnée cette fois aux cimentiers.

• Pour les exploitants éventuels Des risques forts d’accidents graves existent pour les quelques salariés qui seront recrutés par le groupe Lafarge pour acheminer le sable sur les barges, compte tenu de la dangerosité de cette zone de tir, truffée de munitions toujours actives. Près d’un million d’obus, en effet, y ont été tirés, en un siècle et demi sans que tous aient explosé. De plus, la nocivité des substances, jusqu’à présent confinées dans le sable, sera libérée dans la mer lors de l’extraction et une partie du sable pollué sera utilisé par le personnel civil ou les particuliers.

4. Un gros émoi et une réelle mobilisation depuis un an mais au seul niveau associatif et au seul plan juridique

Dès la révélation de l’information, la mobilisation de la société civile a été immédiate et s’est traduite à deux niveaux.

• La mobilisation par le combat juridique Une association, l’Association de Sauvegarde et de Protection du Littoral de la Presqu’île de Gâvres, (ASPLPG) a exercé un recours devant le tribunal administratif de Rennes à l’encontre de l’arrêté pris par le Ministre des Finances et de l’industrie le 3 mai 2005

Dans cette zone NATURA 2000, aucun projet ou travaux ne devraient voir le jour sans que n’ait été préalablement réalisée une étude d’impact. En effet, les dispositions de l’article R. 414-19 du code de l’environnement précisent que « les programmes ou projets de travaux d’ouvrages ou d’aménagement font l’objet d’une évaluation de leurs incidences éventuelles au regard des objectifs de conservation des sites Natura 2000 qu’ils sont susceptibles d’affecter de façon notable. »

Les dispositions du code de l’environnement et tout spécialement l’article L. 321-5 prévoient aussi que « les décisions d’utilisation du domaine public maritime tiennent compte de la vocation des zones concernées et de celle des espaces terrestres avoisinants, ainsi que des impératifs de préservation des sites et paysages du littoral et des ressources biologiques ».

En outre l’article L. 321-8 dispose que « les extractions de matériaux non visés à l’article deux du code minier sont limitées ou interdites lorsqu’elles risquent de compromettre, directement ou indirectement, l’intégrité des plages, dunes, littorals, falaises, marais, vasières, zone d’herbiers, frayères, gisements naturels de coquillages vivants et exploitation de cultures marines. »

Pour contourner ces interdictions ainsi que les dispositions contenues dans la Charte de l’Environnement, le groupe Lafarge a imaginé d’avoir recours aux dispositions du code minier, lequel exclut la concertation avec les élus locaux.

Pour apaiser l’émotion qu’a pu susciter localement ce projet, les services de la préfecture du Morbihan ont imaginé de constituer un comité de suivi qui réunit deux fois par an les élus locaux, différents services de l’administration ainsi que l’association ASPLPG. Des renseignements émanant exclusivement du bureau d’études SEAMER , organisme affrété par le groupe Lafarge, sont communiqués de façon non contradictoire. Aucun organisme d’État n’apporte son expertise personnelle à l’étude de ce projet. Tout au contraire, certaines administrations comme la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) se réfugient dans l’abstention et derrière les déclarations des sociétés du groupe Lafarge. Dans l’appréciation des risques relatifs au trait de côte, cette administration déclare : « le périmètre ici concerné se présente avec une hauteur d’eau et un éloignement du littoral suffisant pour, selon le pétitionnaire, ne pas générer de risques vis-à-vis de la stabilité du trait de côte en cas d’exploitation ultérieure. »

Aucune audience n’a été encore fixée pour examiner la recevabilité et le bien-fondé du recours présenté par l’association ASPLPG mais le tribunal devrait se prononcer très certainement avant la fin de la présente année.

• La mobilisation par la mise en réseaux L’opinion publique n’est pas informée de l’existence de ce projet et les élus locaux, faute d’informations, n’ont pas pris la mesure des conséquences à terme. C’est pourquoi l’association a saisi, dès l’automne 2005, l’ensemble des députés et sénateurs de la région et a rencontré cet été, un certain nombre de maires et d’élus du grand site.

Des courriers ont été expédiés à toutes les administrations nationales et déconcentrées, en charge de ce type de dossier, et des rencontres ont été mises en place avec de nombreuses associations locales pour tenter de fédérer les diverses énergies.

5. Une mobilisation nouvelle indispensable


Une mobilisation de la société civile par un site internet et des initiatives variées

Il importe que toutes les personnes sensibilisées à ce projet et à ses conséquences se mobilisent en diffusant auprès de tous leurs voisins, amis et connaissances les informations qu’ils possèdent à ce jour sur cette affaire. Tant que nous n’aurons pas réussi à médiatiser les conséquences prévisibles de ce projet d’extraction de sable sur l’environnement durable de la région, il est à craindre que les bénéfices escomptés de cette opération (plusieurs milliards d’euros) pèseront lourdement sur le discernement des pouvoirs publics. Mais, le tribunal administratif de Rennes a débouté le préfet du Morbihan du recours que ce dernier avait introduit contre la décision du maire de LANESTER de refuser le débarquement du sable au port du ROHU.

Il est donc encore possible d’espérer.

Par ailleurs, une mobilisation politique et médiatique doit être rapidement mise en ouvre, afin de sensibiliser les différents relais d’opinion.

IL N’EST PAS CONCEVABLE QU’AU 21 ème SIECLE, UN GROUPE INDUSTRIEL PUISSE, EN FRANCE, SACCAGER UN LITTORAL DUNAIRE, DONT L’AMPLEUR ET LA BEAUTE CONSTITUENT UN PATRIMOINE EXCEPTIONNEL EN EUROPE.

LE SUPPORTEREZ-VOUS ?


Si vous voulez vous opposer à ce projet, transmettez vos idées, vos propositions d’action,

à l’Association de Sauvegarde et de Protection du Littoral de la Presqu’île de Gâvres,
2 rue du parc des Sports
56 680 GAVRES
molema-bzh@orange.fr
 



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