Nov. 08 13

Version imprimable "L'Épi info" - Pierre Mollo Les écosystèmes marins, une nature à préserver

Vidéo sur anoriant.tv


Photo de Pierre Mollo (extraite interview)

Une superbe interview de Pierre Mollo, pour le trimestriel gratuit "L'Épi info" du magasin "Les 7 Épis", membre du réseau Biocoop et la vidéo sur An Oriant TV.
Alors que Lafarge ignore les dangers de l'extraction de sable sur la faune et la flore du secteur qu'il convoite entre Gâvres et Quiberon, Pierre Mollo nous rappelle qu'il n'y a pas que les espèces "nobles" (seuls importantes pour Lafarge !) à être utiles, chaque élément même les plus petits ont leur rôle dans l'écosystème. Il relève aussi le risque pris par les cimentiers-sabliers en creusant et remuant les sédiments
"On sait que toute l’histoire de l’humanité est concentrée dans les sédiments et à chaque fois que l’on pénètre dans le plus profond des vases et des sables, on remet à la surface des choses qui ne sont pas très bonnes. Cette extraction pourrait faire remonter des nuages de sédiments qui sont porteurs d’éléments métalliques, toutes sortes de minéraux qui vont casser complètement l’écosystème phyto-planctonique. Ce projet est donc une menace terrible de mon point de vue, qui est biologique ..." Pierre Mollo



Les écosystèmes marins,
une nature à préserver


Retenez votre souffle, on part en apnée à la découverte du monde sous-marin, avec Pierre Mollo, un spécialiste du genre. Enseignant, chercheur, cinéaste, il est passionné de plancton, ces microorganismes présents dans une goutte d’eau. Il a créé en 2003, à Port-Louis, son pays d’origine, « L’observatoire du plancton », une association qui sensibilise un maximum de monde à la qualité et à la préservation de l’eau.
Interview...

Pierre Mollo, pourquoi est-il si important aujourd’hui de protéger nos écosystèmes marins ?
Dans les écosystèmes marins, tout le monde a l’habitude de voir les poissons, coquillages et crustacés… mais on oublie souvent qu’au-delà de ces animaux, il y a une masse de vie extraordinaire qui est le plancton et qui est microscopique. Il est important, dans les écosystèmes, de protéger les gros, mais il est encore plus indispensable de protéger les petits et même l’infiniment petit puisque c’est de lui que tout démarre. Le phytoplancton ou plancton végétal est un des plus gros producteurs d’oxygène de la planète. Si les animaux et les hommes peuvent vivre aujourd’hui, c’est grâce au phytoplancton. Le phytoplancton sert également d’aliment pour les animaux et le zooplancton (plancton animal) pour les animaux un peu plus gros. C’est toute une chaîne qui se suit et qui démarre grâce au soleil. Pour qu’il y ait du plancton végétal, il faut de l’ensoleillement, un peu de CO2 et des matières nutritives. Quand ces trois éléments là sont réunis en bon équilibre, on a une diversité extraordinaire de plancton végétal qui nous donne une grande diversité de plancton animal, qui donnera à son tour une grande diversité d’animaux qui se succèderont dans nos océans. Pour maintenir nos activités conchylicoles ou de pêche, il est très important de protéger la base de la chaîne alimentaire, qu’on appelle donc le plancton.

Nos écosystèmes sont menacés. Quelles sont les conséquences des activités humaines sur le plancton ?
Les écosystèmes sont menacés mais les professionnels de la mer aussi sont menacés de disparition si on n’y prend pas garde. Si on veut que nos activités ostréicoles, ou de pêche continuent à exister, eh bien il faut regarder en amont ce qui se passe. J’ai l’habitude de dire que c’est la terre qui nourrit la mer et quand la terre est bien nourrie, quand les activités humaines sur les continents sont respectueuses de l’environnement, on n’a pas trop de problèmes. En revanche, à chaque fois qu’il y a des excès dans le monde industriel, des pollutions urbaines, agricoles ou des aménagements touristiques anarchiques… A chaque fois que l’humain a une action physique sur le milieu, cela a des répercussions chimiques dans l’eau qui entraînent une modification biologique.

Concrètement, quelles modifications ont été observées ?

Cela fait 40 ans que je regarde au microscope presque tous les jours et que j’observe le micro plancton, qui est un très bon indicateur de santé d’un milieu. J’ai l’impression que la diversité du plancton végétal et animal se réduit. A ce momentlà, c’est tout l’édifice au-dessus qui se réduit automatiquement. A chaque fois qu’on réduit la diversité planctonique, c’est toutes les espèces animales qui sont réduites. Ce sont les conséquences directes des activités humaines sur le littoral. Mais il ne faut pas rejeter les phénomènes naturels tels que les changements de climat. Mais on nous dit que le réchauffement climatique est aussi une conséquence des activités humaines, alors….

Qu’est-ce qui menace plus particulièrement les eaux lorientaises ?
La Rade de Lorient est un bassin formidable car elle est composée de rivières, le Blavet, le Scorff, il y a des petits cours d’eau… On sait que du mélange des eaux douces et des eaux salées, une alchimie complexe se produit et permet au plancton de se développer. Un peu plus loin, on a la petite mer de Gâvres qui joue le rôle de nurserie sous-marine et au large, on a l’île de Groix qui est un véritable capteur pour coquillages, crustacés et poissons qui tournent autour de l’île. Cet environnement est, pour nous, un véritable laboratoire à ciel ouvert. Cette région de Lorient est le plus bel exemple d’un écosystème qui devrait bien fonctionner. Alors bien sûr, ça ne fonctionne pas toujours comme on veut. On a d’abord des pollutions de type bactériennes, avec les populations humaines qui augmentent, les stations d’épuration qui parfois débordent … Ensuite il peut y avoir des entreprises avec des rejets industriels. Les métaux lourds sont particulièrement néfastes sur la reproduction des espèces. Il y a aussi les jardiniers du dimanche et même les communes qui utilisent des pesticides ... Les agriculteurs qui utilisent des pesticides apportent également leur contribution à cette pollution. Nous travaillons d’ailleurs beaucoup avec les agriculteurs car nous sommes proches, nous sommes les producteurs primaires du littoral et on a tout intérêt à se concerter sur ces questions de pollution. Dans le Morbihan, nous avons fait un grand pas en avant avec Cap 2000, l’association des Conchyliculteurs, Agriculteurs, Pêcheurs qui travaille sur la reconquête de la qualité des eaux et la pérennisation des activités littorales.

L’Observatoire du Plancton est engagé contre l’extraction de sable prévue au large de Groix par le Groupe Lafarge. Quand est-il aujourd’hui ?

Nous sommes près de 140 associations à dire non à cette extraction de sable qui est prévue à 3 miles des côtes, à portée de main de la Ria d’Etel, un milieu très fragile. On sait que toute l’histoire de l’humanité est concentrée dans les sédiments et à chaque fois que l’on pénètre dans le plus profond des vases et des sables, on remet à la surface des choses qui ne sont pas très bonnes. Cette extraction pourrait faire remonter des nuages de sédiments qui sont porteurs d’éléments métalliques, toutes sortes de minéraux qui vont casser complètement l’écosystème phyto-planctonique. Ce projet est donc une menace terrible de mon point de vue, qui est biologique, mais pour d’autres, les géographes par exemple, la menace est tout aussi grande car cette extraction entraînerait l’érosion des sables et des modifications physiques du cordon dunaire de Quiberon à Gâvres.

Quelle est aujourd’hui votre sentiment sur l’état général des écosystèmes marins. Avez-vous de l’espoir pour l’avenir ?
J’ai la chance de pouvoir voyager un peu partout dans le monde, en Asie, en Afrique, en Ukraine, sur la Mer Noire … et je vois des choses, des choses que je ne voudrais pas voir arriver chez nous. En Bretagne on a les marées noires, les vertes, mais dans d’autres pays on a les marées rouges (prolifération d’algues rouges provoquée par l’afflux toxique de polluants divers rejetés dans les océans) qui étouffent poissons et crustacés, tuant même certaines graminées des dunes ( à cause des aérosols marins ) et provoquant des réactions allergiques chez les baigneurs ! J’ai le sentiment qu’on peut encore rétablir la situation. Je pense au Scorff. Il y a plus de 30 ans, cette rivière était très dégradée. Quand on voit ce qu’elle est devenue aujourd’hui, grâce notamment aux actions de Jean-Claude Pierre, de l’association Eau et Rivières, y’a de l’espoir ! [...] A chaque fois qu’on améliore la qualité des eaux en amont, c’est tout bon pour l’aval. Il faut donc continuer dans ce sens si l’on veut préserver la diversité du plancton au maximum.

l’ Epi Info - Automne 2008 9

Retrouvez la vidéo de l’interview
sur www.anoriant.tv


Le plancton, Kézako ?
Zoom sur les écosystèmes marins avec Pierre Mollo, président de l'Observatoire du Plancton à Port-Louis.



Images: Sébastien Thiébot
Réalisation: Aude Philippe
© Les 7 Epis - BioCoop


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