Mars 07 28

Version imprimable Le Monde, "Manifestation contre un projet d'extraction de sable en mer"

Extrait article édition du 27 mars 2007


Photo "Dunes" AFP/Gérard Guilias

Vue aérienne prise le 25 mars 2007, montrant des personnes formant les lettres du mot "dunes", sur une plage d'Erdeven, lors d'une manifestation contre un projet d'extraction de sable en mer au large de la presqu'île de Quiberon, à l'appel de défenseurs de l'environnement.


Une dizaine de milliers de personnes, dont Dominique Voynet, la candidate des Verts à l'élection présidentielle, ont manifesté, dimanche 25 mars, sur la plage d'Erdeven (Morbihan), contre le projet du cimentier Lafarge
de draguer des millions de tonnes de sable au large du cordon dunaire de la presqu'île de Quiberon. Les protestataires redoutent une déstabilisation de la ligne de côte et craignent l'impact de l'extraction sur la vie marine.

Le projet de Lafarge, mené en association avec l'italien Italcimenti, est motivé par la pénurie de sable en Bretagne. Pour le département du Morbihan, selon le groupe cimentier, le déficit en sable atteindra 1,1 million de tonnes dans sept ans.

"La ressource alternative, c'est l'extraction en mer", souligne Jean-Marc Goldberg, président de Lafarge Granulats Ouest. Près des côtes, on trouve d'anciennes plaines alluviales, immergées depuis la remontée des eaux de la fin de la dernière époque glaciaire, qui recèlent des gisements de granulats, issus du travail de cours d'eau disparus.

C'est sur une de ces anciennes vallées située au sud de Lorient, entre l'île de Groix et la presqu'île de Quiberon, que le cimentier envisage d'extraire du sable destiné aux bétons de haute qualité. Un permis de recherche exclusif a été déposé, il y a deux ans, et prolongé jusqu'en mai 2009. Le groupe indique qu'il n'était pas obligé d'en passer par là pour déposer un permis d'exploitation. "Nous le faisons parce que c'est le meilleur moyen de préciser les impacts et aussi par souci de transparence, car nos études seront publiées", indique Jean-Marc Goldberg.

Cette zone de recherche se situe à 5,5 km du rivage et à 30 mètres de profondeur. Le projet porte sur l'extraction de 600 000 tonnes par an, pour une durée de vingt à trente ans et sur une zone de 4 km². La technique retenue : un prélèvement par bateau de 3 000 tonnes qui aspirera, sur le fond, une couche de 10 cm par an.

Mais Lafarge doit faire face à une grosse opposition, fédérée par le collectif Peuple des dunes, qui a vu le jour en janvier. Lors de la manifestation, les associations ont pris le soin de canaliser la foule, pour limiter le piétinement sur ce site fragile.

CONTRE-EXPERTISE

"Si on extrait du sable, c'est la dune qui va disparaître", craint le skipper de course au large Jimmy Pahun, porte-parole du collectif. "En extrayant du sable, on crée un vide. Est-ce que la nature ne va pas reprendre sur le trait de côte ce qu'on lui enlève ?", s'interroge Léon Nabat, le maire d'Erdeven. Là est le danger, assure le géographe Yves Le Bahy : "Les dunes actuelles n'ont pu se construire qu'à partir de stocks de sable profond."

La dune et la zone retenue constituent "deux systèmes sédimentaires indépendants", répond Lafarge, qui a fait analyser les grains de quartz provenant du gisement et ceux de la plage. "Leur histoire est complètement différente", affirme Jean-Marc Goldberg. David Menier, sédimentologue à l'université de Bretagne Sud, se montre réservé sur ces déplacements de sable : "J'ai du mal à y croire, S'il y avait translations, ça se verrait après les tempêtes", dit-il, tout en se demandant "pourquoi des fosses marines, comme celle de Kornog, à Groix, ne se sont-elles pas remplies ?".

L'étude sur l'impact biologique menée par Lafarge se poursuit. Les pêcheurs redoutent une destruction des nourriceries et frayères. Ce n'est qu'à la fin de la durée de son permis de recherche que le groupe décidera s'il dépose une demande de concession. Mais le maire d'Erdeven a d'ores et déjà annoncé son intention de demander une contre-expertise.

Gabriel Simon
Le Monde (article payant)
 


Commentaires publiés sur l'ancien blog du Peuple des Dunes

1 - Bonjour à tous!

L'argumentaire de Lafarge me parait fallacieux.

Son comité "scientifique" s'essayant à trouver de bons arguments pour justifier ses prélèvements de sable, ne tient pas compte de la situation au fil des siècles des courants marins locaux entre la Laïta et Houat (on ne sait rien à ce sujet!). Eux, ils se permettent de conclure après deux ou trois ballades sur zone, et quelques suputations autour d'une table de restaurant????)

Si les fosses n'ont pas été chargées apparemment au cours des millénaires, cela ne veut pas dire que la situation actuelle va perdurer!
Par ailleurs, le mouvement de l'eau (intensité, et sens) varie aléatoirement d'une facon considérable en fonction des marées, des tempêtes. Cela n'est pas modélisé (et est-ce modélisable? J'ai des doutes!). C'est un phénomène qui peut être considéré comme analogue à un "bruit" (au sens de la physique...). Donc on ne peut le considérer qu'en moyenne sur un spectre étendu!
Cela personne n'en parle! Et pour cause! Car c'est très ardu!

Par ailleurs, le sable circule sans cesse (il suffit de plonger dans cette zone, ou d'y pêcher!...), ce qui fait que toute extraction se traduira par un comblement à court terme des cavités. Et de proche en proche, la profondeur augmentera jusqu'à arriver au substrat rocheux qui est relativement plat dans cette zone.

Le corollaire immédiat c'est que la propagation des ondes (vagues, houle) sera facilitée. Les ondes de houle ne perdront pas leur énergie en route (propagation guidée sur un fond presque lisse et très dur). Les vagues et houles ne perdant alors leur énergie que dans le ressac à l'arrivée sur les plages. Le résultat sera alors un décapage efficace de la côte avec une érosion des dunes . (Ce n'est pas nécessaire d'avoir fait l'X pour s'en rendre compte!)

Si vous voulez voir un tel phénomène à l'oeuvre, il suffit d'aller voir ce qui s'est passé à la pointe de Conguel en Quiberon lors de la grande marée de mars conjuguée à la tempête (décapage de la dune): la dune a été rongée en bordure de la plage de Porh Groës après décapage , cela en deux jours!.

A Houat , sur la plage de Treac'h an Salus, vous pouvez voir le même phénomène à l'oeuvre lors de grandes marées

Alors , si cette exploitation se fait, et c'est probable (double jeu politique!), le décapage de la côte ne sera qu'une affaire de quelques années si les conditions climatiques, et la variation du niveau de la mer continue à ce rythme...

Alors je pense que Quiberon pourrait bien redevenir une île!....

Écrit par: Patrick LUCO at 2007/03/29 - 11:12:53

2 - Patrick, je reconnais bien la verve de l'auteur d'un article sur AGORAVOX, Je n'ai pas les compétences pour juger de la pertinence de ce que tu avance, mais ce que je retiens c'est que les études faites par SEAMER pour Lafarge ne sont que partielles. Cela rejoint divers avis prèsents sur ce blog en consultant le Tag arguments (à droite).

Écrit par: Bruno at 2007/03/31 - 23:15:13


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