Mars 07 25

Version imprimable Le Peuple des Dunes Erdeven 2007, Prise de parole d'André Berthou


André Berthou est Président de l'Association de Sauvegarde et de Protection du Littoral de la Presqu'ile de Gâvres (APLPG), et ancien patron à la pêche.



Plage d'Erdeven le 25 mars 2007 Photo Bruno Corpet




Je vous remercie d’être venus si nombreux soutenir le Peuple des Dunes contre l’extraction de sable et graviers siliceux marins, à 5 kms au large d’Etel, entre la presqu’île de Gâvres et la presqu’île de Quiberon. Votre présence aujourd’hui, sur le site, montre bien votre indignation à l’égard de ce projet de recherche qui a été accordé, le 3 mai 2005, aux sociétés Lafarge et Italcimenti, détenteurs du PER Sud Lorient (permis exclusif de recherche)

Depuis toujours, les pêcheurs connaissent la "Baie d’Etel" comme lieu de pêche. Comme des milliers de confrères, j’ai passé de nombreuses années de ma vie sur cette mer que j’aime et que je respecte.

Aujourd’hui, il faut que le «Peuple des Dunes» sache que l’extraction de granulats prévue devrait se faire pile dans la zone de pêche exploitée depuis des siècles.

Je suis sur l’eau depuis 38 ans et j’ai tenu la barre d’un bateau de pêche pendant 31 ans, nuit et jour. Je peux vous dire que, du haut de la passerelle, avec mon équipage, j’ai affronté des mers difficiles et houleuses sur cette zone. C’est la raison pour laquelle on m’a élu président de l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres.

Oui, ce périmètre prévu pour l’extraction est un secteur de pêche important pour les professionnels. Ils sont environ une centaine de bateaux artisans à fréquenter régulièrement ce secteur de pêche. Ces professionnels pratiquent des métiers différents, tels que les filets, les casiers, la ligne, le chalut , auxquels il faut ajouter les sardiniers qui pêchent sur cette zone, pour ainsi dire, toute l’année, avec des périodes d’abondance de début juin à fin octobre.

Tout ce secteur est d’une richesse infinie aussi bien en poissons plats (soles, turbots, carrelets, baudroies) qu’en poissons ronds (merluchons, merlans, lieux, lançon, tacos, bars). Il y a également les poissons pélagiques, comme les sardines, les maquereaux, les anchois, les mulets et les sprats, sans oublier les crustacés, araignées, crabes, tourteaux et crevettes roses.

Une analyse du contenu d’un seau de sable prélevé dans un tas de sable d’extraction sur la quai de Great Yarmouth, en Angleterre, fait ainsi état de l’extermination de la vie marine. L’auteur, Pat Gowen, a trouvé : « 28 embryons de sole, carrelets, limandes et turbots ; 18 étoiles de mer ; 10 crevettes ; 18 crabes de plusieurs sortes, une langouste, plusieurs moules, coques et couteaux et diverses espèces de plantes marines ».

Cela veut dire qu’à court terme toute cette zone très riche sera sinistrée, d’où un manque à gagner pour les professionnels de la pêche.

Il faut savoir également que pendant 150 jours par an, il n’est pas possible d’aller en mer, sur cette zone ; qu’il faut par ailleurs composer avec les artilleurs du polygone de tir en mer de Gâvres, ce qui prouve que lorsque les cimentiers affirment qu’ils enverront un bateau chaque jour pour faire des prélèvements, ils n’ont aucune connaissance de la mer et des réalités locales. Et les grandes houles, dont Lafarge dit qu’elles ne dépassent pas 30 heures par an, sont beaucoup plus fréquentes et sont redoutables.

Ces mêmes professionnels de la pêche sont déjà confrontés à plusieurs facteurs négatifs, comme par exemple le carburant cher, les contrôles maritimes, les quotas etc.

Il est évident qu’une autorisation d’exploitation par les sociétés Lafarge et Italcimenti dans le secteur prévu pour l’extraction obligerait les pécheurs à se délocaliser vers d’autres pêcheries. Secteurs, d’ailleurs, déjà occupés par un certain nombre d’autres marins. Ce qui de fait, diminuera la rentabilité de chaque bateau puisque les parts du gâteau deviendront automatiquement plus petites avec, en plus, le risque d’une cohabitation difficile pouvant amener des tensions entre marins.

Je pense également aux pécheurs professionnels à pieds qui travaillent sur les grèves ou les plages le long des dunes et qui ne pourront plus continuer à vivre de leur métier si le sable s’en va.

Cette baie d’Etel, cette petite tache, sur une carte, a su nourrir des milliers de familles. On y pêche encore ; on y pêchera toujours ; oui, mais à une seule condition : qu’on ne touche pas au fond !!


De savoir qu’en une seule extraction par jour, des milliers de m2 du fond de la mer seront détruits pour des dizaines d’années me révolte. Une suceuse ne fait pas de détail !!! Tout y passe : sable, graviers, galets… mais aussi vers, petits crustacés, mollusques, œufs et laitances, c'est-à-dire TOUT ce qui sert de nourriture aux poissons… Sans compter le caractère trouble de l’eau remuée par les vases.

Bien, bien avant 30 ans d’exploitation, les pêcheurs auront alors déserté les lieux de pêches de nos ancêtres. Pour aller où ? Nulle part !! Pour mettre leur sac à terre…

Le pêcheur que je suis ne peut se plier aux exigences des cimentiers.


Nous ne saurons accepter ce projet fou ! Ni ici, ni ailleurs du reste.

A nous tous de protéger nos deux patrimoines : la beauté de la côte et notre pêche artisanale, pour nous et les générations futures.

André Berthou
Erdeven
le 25 mars 2007


Mots-clés : ,

 

Recherche dans tout le site 

Services visiteurs 



voir les Stats

Annuaire et Guide de Bretagne, www.webbreton.com
www.webbreton.com


autres