Mars 07 25

Version imprimable Le Peuple des Dunes Erdeven 2007, Prise de parole de Pierre Mollo

Devant la foule sur la plage


Pierre Mollo, photo archive copie d'écran vidéo FR3

Pierre Mollo
est Enseignant chercheur sur le site de Beg-Meil (Fouesnant, Finistère) de l'Agro-Campus régional de Rennes. Il est également conseiller scientifique de l'Observatoire du Plancton à Port-Louis.


Plage d'Erdeven le 25 mars 2007 Photo Bruno Corpet 

De la biodiversité des vases et des sables découle la diversité des métiers de la pêche et la conchyliculture


Gérer les ressources vivantes de la bande côtière, c’est aussi prendre en compte les ressources halieutiques hauturières.

La terre nourrit la mer notamment par la rivière qui est un véritable trait d’union. Les êtres vivants des océans ont besoin des nourriceries des marais littoraux, des estuaires et des fonds sableux pour se développer, comme la terre a besoin des forêts pour nourrir son sol. De la même façon, dans les vases des estuaires, les microorganismes du sol vont digérer les matières végétales en décomposition, à leur tour ces microorganismes, par leurs déjections, vont alimenter les bactéries qui se transformeront ensuite en sels nutritifs indispensables au bon développement des plantes et des algues.

Le transfert des nutriments de ces espaces continentaux jusque dans la mer concourt à faire des zones humides littorales des sites privilégiés, des interfaces entre terre et mer. Du mélange subtil des eaux riches en éléments minéraux et des eaux océaniques naîtra une production diversifiée de phytoplancton qui, à son tour, alimentera toute la chaîne trophique du plancton.

La grande diversité végétale et animale marine dépend de la préservation de ces équilibres naturels.

Du vivier de la mer nous vivrons si, demain, nous savons protéger le vivant de la terre, des vases et des sables.

Les profondeurs océaniques apportent leurs contributions aux productions importantes d’espèces marines. Depuis la nuit des temps, le peuplement des océans, par la vie et la mort successives, n’a eu de cesse d’accumuler dans les profondeurs abyssales des sels minéraux dus à la décomposition de la matière organique. La mécanique océanique « UPWELLING » remonte des profondeurs des eaux froides les nutriments nécessaires à la prolifération, dans les eaux de surface, des algues microscopiques. L’oxygène produit par ce phytoplancton favorisera le développement du zooplancton (herbivore de ces microorganismes) qui deviendra à son tour la proie essentielle des poissons fourrages (sprats, anchois, sardines…) qui eux-mêmes feront le bonheur des grands prédateurs.

Ainsi, à la rencontre des eaux estuariennes et des profondeurs abyssales se développe toute la biodiversité halieutique de nos mers côtières. La brièveté de la vie du plancton en fait un excellent indicateur de la qualité des milieux aquatiques. Il est la synthèse à l’aval des actions de l’amont, il est le résultat du comportement des actions humaines (physique, chimique, biologique ; les barrages ; les extractions de sables ; les pesticides ; les déjections…).

Les modifications et les perturbations du plancton participent à la raréfaction de certaines espèces et peuvent déséquilibrer les réseaux trophiques et la pyramide de la vie marine.


La spécificité du littoral breton est dû à sa géographie, véritable laboratoire à ciel ouvert, le panache des eaux estuariennes s’en allant bien au delà des espaces côtiers, vers le large. Ainsi, le large, voire le grand large, bénéficie des apports de nutriments transportés par les courants continentaux. Les professionnels de la pêche hauturière doivent donc se sentir concernés et être attentifs à la qualité des eaux côtières : leur métier en dépend. Les choix d’aménagement du littoral ont également des résonances sur l’écologie des mers et leurs conséquences peuvent devenir irréversibles pour les ressources marines. L’aquaculture (mise à part la conchyliculture) n’est pas la baguette magique contre la diminution des stocks de poissons.

Elle n’est qu’une des étapes qui a permis d’acquérir les savoir-faire en matière de reproduction et d’obtention de juvéniles d’espèces marines. Elle pourrait devenir demain une activité au service du repeuplement des mers. La mer, comme la terre, sera alors capable d’assurer la production des protéines nécessaires à l’humanité à venir.

Aujourd’hui les menaces d’extraction de sédiments risquent de mettre à plat tous les efforts engagés depuis de nombreuses années.

Les pêcheurs, les conchyliculteurs ce sont regroupés pour mener ensemble des actions de concertation pour la reconquête de la qualité des eaux côtières.

La mise en suspension des sables et des vases occasionnées par des extractions intensives de sable peuvent à terme réveiller des microorganismes en dormance dans les sédiments, et ainsi encourager la prolifération d’espèces de phytoplancton indésirable qui mettront en péril toute l’économie de l’ostréiculture et de la pêche du site de la Ria d’Etel avec une répercussion sur toute la bande côtière de cette région.


Pierre Mollo
Erdeven
25 mars 2007


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