Jui. 09 05

Version imprimable Libération, Lafarge enterre un projet d’extraction de sable

Article du 4 juillet 2009

France revue de presse :



Ecologie .
Le cimentier visait une zone minée au large de Quiberon.


Par ALEXANDRA SCHWARTZBROD

Le «Peuple des dunes» a fini par gagner : Lafarge a annoncé vendredi qu’il renonçait à extraire du sable au large de Quiberon. Un ambitieux projet gelé depuis plus de deux ans à cause de l’hostilité des associations écologistes et de la population locale regroupées en un collectif, le Peuple des dunes, qui n’a jamais cessé de pointer les effets néfastes de l’entreprise sur l’environnement. Lafarge se serait donc incliné devant la vigueur de ce combat ? Pas du tout. Et c’est là où l’histoire devient presque drôle.

Bombes. C’est l’armée française qui en est la grande responsable. La zone d’exploitation sollicitée par Lafarge se trouve en effet dans un secteur doublement sensible au plan militaire : d’abord, il contiendrait dans ses sols, enfouies sous la mer, des bombes et des munitions datant de la dernière guerre mondiale ; ensuite, il s’agirait d’une zone de tirs de l’armée. Là, quand même, on s’interroge : Lafarge, qui a mené depuis près de cinq ans toute une batterie d’études scientifiques, géologiques, bio-sédimentaires, bathymétriques, courantologiques et on en passe, ne se serait donc jamais inquiété de ces munitions et de ces tirs ? «On savait tout ça depuis le début, nous a expliqué hier Bénédicte de Bonnechose, directrice générale de Lafarge Granulats Nord. Mais de nouvelles études réalisées en octobre avec la Marine ont mis le doigt sur cette complication : nous voulions extraire du sable sur une profondeur de trois mètres au fond de la mer ; or, les outils actuels ne permettent pas de trouver des bombes à plus de deux mètres.» Risque trop grand donc. «Autre élément nouveau : cette zone de tirs qui avait vocation à fermer va accueillir des séances de tir des armées européennes dans le cadre de l’Otan.» C’est, en d’autres termes, si le lecteur nous pardonne, la loi de l’emmerdement maximum pour Lafarge. Au vu de ces données, le préfet maritime de l’Atlantique a donc donné un avis défavorable au projet auquel le cimentier a décidé de se conformer. Les écolos et les militaires ligués contre lui, c’était décidément trop.

Concertation. Le cimentier se retrouve cependant avec un gros problème sur les bras : où trouver le sable nécessaire pour répondre aux besoins de la Bretagne ? Le sous-sol de la région étant constitué de roches très dures, le granit, il lui faut aller au large pour trouver le «sable roulé» dont il a besoin pour produire du béton suffisamment résistant. Il va donc tenter d’obtenir un ou plusieurs autres permis en mer. Mais il jure que, cette fois, il travaillera en concertation avec les écologistes, car la piteuse affaire de Quiberon lui a «beaucoup appris». Le cimentier n’a pas le choix : il vient de renouveler le partenariat qui le lie à l’ONG écologiste WWF et il semble prendre très au sérieux ses nouvelles responsabilités environnementales.
 
Liberation
04/04/09

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