Mars 07 30

Version imprimable Morbihan, lettre ouverte du "Peuple des Dunes"

Aux candidats à la présidentielle et aux futures élections


Photo "le Peuple des Dunes", Erdeven le 25 mars 2007

Plus de 12 000 personnes se sont mobilisées ce dimanche 25 Mars 2007, à Erdeven (56), pour s’opposer à un projet d’extraction de sable en mer, par les cimentiers Lafarge et Italcimenti, qui entendent extraire 600 000 tonnes de sable par an pendant 30 ans, soit 18 millions de tonnes, à 3 milles du plus grand massif dunaire de Bretagne, d’une surface de 2500ha sur 35km de côtes.

Ce massif dunaire fait partie intégrante de l’Opération Grand Site Gâvres-Quiberon, pour lequel l’État, la région, le département et les communes ont investi des sommes importantes pour la protection de la faune et de la flore. Il est intégré au périmètre de principe NATURA 2000 du site n°27, Massif dunaire Gâvres – Quiberon et zones humides associées. En 2006, l’Union Européenne a retenu au titre des programmes Life nature, parmi 61 projets dont 5 en France, celui du maintien de la biodiversité littorale sur le site Gavres-Quiberon. C’est grâce à ce programme Life que sept nouveaux emplois ont été créés, dont cinq gardes côtiers.

Si cette mobilisation a pris une telle ampleur, si l’on peut parler d’une véritable marée humaine qui a déferlé, dimanche 25 mars, sur la plage d’Erdeven, c’est que ce projet d’extraction de sable constitue une très grave menace sur cette zone à plusieurs titres : risque d’érosion du trait de côte en raison du prélèvement d’un sable qui date des dernières glaciations et qui ne se renouvellera pas ;risque à terme de submersion marine des terres et des habitations dont bon nombre sont construites en dessous du niveau de la mer ; risque de voir proliférer des phytoplanctons indésirables, qui vivent en « dormance » dans le substrat et qui, partant au gré des courants, peuvent aller contaminer nos coquillages et notamment tous les parcs d’huîtres de la ria d’Etel ; risque de destruction de frayères de pêche puisque l’extraction se ferait à l’exact emplacement de la zone de chalutage, à un endroit où les substances nutritives pour les poissons sont les plus riches et donc mise en péril de l’avenir de nombreux pêcheurs ; atteinte à la qualité des eaux de baignade en raison de la turbidité provoquée par l’élinde qui aspire le sable et donc menace sur l’avenir touristique de cette zone qui constitue pourtant le deuxième plus beau massif dunaire d’Europe.

Face à ces risques, rien, ni les leçons du passé, ni les menaces de l’avenir ne semblent émouvoir les cimentiers et les pouvoirs publics. Les plages et plus largement le trait de côte connaissent aujourd’hui un amaigrissement et un déplacement qui sont dus, en bonne partie, aux prélèvements opérés, il y a 50 ans, pour construire la base sous-marine de Lorient, puis pour reconstruire la ville après la guerre. Et de nos jours, certains lieux, victimes d’opérations d’extraction, sont une preuve tangible du danger à venir. Il suffit de voir l’état des plages du cap Fréhel, de Saint Jean du Doigt ou de Lannion…

Et pour l’avenir, l’élévation à prévoir du niveau de la mer et l’occurrence de plus en plus grande de conditions climatiques extrêmes vont transformer les trains de houle et modifier profondément les fonds sous-marins.

Or les études scientifiques commandées par le groupe Lafarge ne sont pas à la pointe de l’art en termes de connaissances et de moyens d’investigation disponibles à ce jour pour analyser l’impact sur le trait de cote de l’extraction de sable au large. Ils se sont en effet exclusivement fondés sur la modélisation mathématique de la dynamique sédimentaire, sans calibrage ni même comparaisons avec des mesures faites in-situ. De plus l’étude de modélisation ne prend en compte que des conditions climatiques moyennes, et ne couvre pas le spectre de conditions plus violentes telles que nous en avons connues dans un passé récent. Elles soulignent que le gisement de sable visé par l’extraction est séparé de la côte par un éperon rocheux qui empêcherait tout effet direct sur le trait de côte. Nos propres scientifiques réfutent totalement cette analyse.

La gouvernance environnementale pour laquelle la France est l’un des pays les plus en retard en Europe, exige ici, en conformité avec tous les textes fondateurs qu’ils soient internationaux, européens ou nationaux, l’application du principe de précaution. Il y va du développement durable de toute une région. Il va de notre devoir de préserver ce patrimoine d’une richesse inouïe pour les générations à venir.

Ce raisonnement, cette conviction qui sont les nôtres, nous ne les concevons pas en aveugles. Nous exigeons une nouvelle gouvernance du littoral français, sans faire fi pour autant de tout raisonnement économique.

Nous savons que la question de l’approvisionnement en sable est une question cruciale pour les cimentiers car les gisements terrestres diminuent. Mais nous savons aussi que la France est l’un des plus mauvais élèves en Europe en termes de recyclage du béton. Nous savons surtout qu’il est temps aujourd’hui d’investir sérieusement sur des projets innovants en termes de matériaux. Cet investissement ne sera fait par les industriels, qui en ont les moyens au vu des chiffres d’affaire annoncés, que si les pouvoirs publics abandonnent une conception de politique industrielle dépassée. Celle-ci consiste à surprotéger les objectifs d’approvisionnement de court terme, en mettant en avant une exigence de compétitivité face à la mondialisation, qui n’existe pas en ces termes sur ce marché en partie captif du béton.

Il est temps aujourd’hui que les pouvoirs publics empêchent clairement les industriels de piller les réserves naturelles, et au lieu de les aider à mener des projets prédateurs, en extrayant dans des zones de moindres contraintes c’est-à-dire près de la côte et près d’un port de débarquement, pour un profit à court terme, qu’ils lancent, en interdisant clairement ce pillage, une ère de nouvelle technologie pour les cimentiers et donc la conquête de nouveaux marchés.

Le granulat de la baie d’Étel est d’une très grande richesse ; les quais du débarquement du port du Rohu sont à proximité ; un projet de cimenterie écartée grâce au courage de maire de Lorient, aurait pu boucler ce triptyque de rêve pour tout cimentier. Pourquoi Lafarge ne ferait-il pas tout pour obtenir ce permis d’extraction et donc continuer à produire selon des techniques du passé, tout en continuant à se couvrir de la casquette trompeuse d’industriel soucieux de développement durable?

Seul un refus des pouvoirs publics les incitera à faire ce saut technologique auquel ils seront acculés de toutes façons dans quelques années.

Le peuple des dunes refuse la catastrophe écologique à venir si le permis d’extraction était accordé. Il sait que l’avenir est fondé sur une nouvelle gouvernance du littoral et sur le refus du passéisme industriel. C’est pourquoi il a dessiné sur le sable cette fresque immense qui interpelle les pouvoirs publics et qui les contraint à prendre position dans ce débat.

Faudra-t-il dans 15 ans, construire comme à Venise, à grands renforts de milliards d’euros, un nouveau massif dunaire pour protéger la côte de l’invasion de la mer, parce que des chenaux avaient été creusés pour ouvrir le passage aux bateaux ?

Nous demandons à chacun d’entre vous de prendre position sur ce projet qui devient le symbole, en France, de la capacité des pouvoirs publics à prendre en charge le développement durable de nos régions.

Nous publierons votre réponse.

Les électeurs jugeront. Cordialement,

le Peuple des Dunes

Contact
Le Peuple des Dunes
Collectif d’Associations de Défense de l’Environnement
34, rue du Port – 56570 Locmiquélic – tél : 02 97 11 08 56
peuplesdesdunes@gmail.com


Commentaires publiés sur l'ancien blog du Peuple des Dunes

1 - Je trouve cette info sur natura vox, et n'ai entendu ni lu aucun autre média national relater cet évennement. Incroyable mais vrais.

Écrit par: totem at 2007/03/31 - 07:28:05

2 - Je tente de relayer l'info sur mon blog, car peu de média en parle. A cette fin, je vous ai emprunté deux photos.Merci de votre combat!
"Nous ne faisons qu'emprunter la terre à nos enfants" ne l'oublions pas!
Je trouve formidable cette solidarité, cette chaine humaine pour dire NON! Pourvu que votre collectif, cette somme d'actions individuellement engagées, parviennent à faire bouger les choses!
Kenavo! Yo-cox
http://photo-passion.blogspot.com/

Écrit par: yo-cox at 2007/03/31


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