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Version imprimable novethic.fr : polémique sur le projet d'extraction de sable du groupe Lafarge

Extrait article du 18/04/2007


Revue des médias

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Copie d'écran site novethic.fr le 19 avril 2007

La promenade champêtre du Peuple des dunes le dimanche 25 mars est donc arrivée jusqu'au oreille de ce média officiel du "développement durable", et elle était suffisamment garnie pour qu'il publie un article sur ce sujet, nous sommes même à la Une.

Novethic.fr

Polémique sur le projet d’extraction de sable du groupe Lafarge

Le groupe cimentier Lafarge associé à l’italien Italcementi souhaite extraire 600 000 tonnes de sable sous-marin au large du Morbihan, à l’horizon 2011. Le projet suscite l’hostilité croissante d’associations écologistes et de collectivités. Le 25 mars dernier, plusieurs milliers de personnes ont manifesté leur opposition sur une plage du littoral. Elles invoquent les risques d’érosion et de déséquilibre biologique.

«Etudes scientifiques, géologiques, bio-sédimentaires, bathymétriques ou courantologiques...Toutes ont démontré sans équivoque l'absence d'impact négatif.» Sur un site Internet spécialement créé (www.lafarge-granulats-marins-projet-sud-lorient.fr), le groupe Lafarge l’assure : son projet d’extraction de sable sous-marin au large du Morbihan ne comporte aucun risque. «Zéro risque pour l’environnement biologique et le littoral», assure le cimentier, associé au groupe italien Italcementi.  Le ministère de l’Industrie leur a accordé, en mai 2005, un permis exclusif de recherche (PER) sur une zone de 16 km2 à environ 3 milles nautiques (5,5 km) des côtes entre la presqu’île de Gâvres et celle de Quiberon. Objectif : extraire 600 000 tonnes de sable par an pendant trente ans pour le marché breton du béton. «On ne trouve plus de sable en Bretagne, et d’ici 10 ans, toutes les carrières de la région vont fermer», souligne Lucy Wadge, responsable de la communication de Lafarge. Selon le schéma départemental des carrières du Morbihan, «d’ici 2014, le marché morbihannais manquera de 1,1 millions de tonnes de sable».

Si la phase de recherche aboutit, l’extraction pourrait débuter en 2011. A condition que la préfecture du Morbihan, après étude d’impact et enquête publique, accorde une concession au groupe Lafarge. «D’ici là, il y aura eu de nombreuses échéances électorales et le futur président de la République aura atteint la fin de son mandat, nous avons intérêt à garder notre souffle !», remarque Alain Bonnec, opposant au projet et adjoint à l’environnement d’Erdeven.

Un effet négatif sur la ressource halieutique

Le 25 mars dernier, il a rejoint plusieurs milliers de personnes sur l’une des plages de sa commune, face à la zone de prospection. Sur le sable, les 12 000 manifestants (7000 selon la préfecture) ont constitué en lettres humaines les mots de «Peuple des dunes», le nom du collectif à l’origine du rassemblement. Depuis plus d’un an, celui-ci revendique l’application du principe de précaution. Il s’inquiète de l’influence de l’extraction sur le trait de côte, et redoute une érosion du sable dunaire. Il craint un effet négatif sur la ressource halieutique et soulève «l’incohérence» du projet avec la volonté de l’Union européenne de protéger cette zone littorale (dont une partie classée zone Natura 2000) menacée par l’élévation du niveau de la mer.

Présidé par André Berthou, un ancien marin-pêcheur de la presqu’île de Gâvres, le collectif réunit une quarantaine d’associations et ONG, du Centre nautique quiberonnais à Eau et Rivières de Bretagne, en passant par la Ligue bretonne des droits de l’Homme. Le WWF n’en fait pas (encore ?) partie. Depuis mars 2000, l’organisation mondiale de protection de la nature est partenaire du groupe Lafarge, qui cherche à soigner son image en matière de développement durable. Lors du renouvellement de leur convention, en juin 2005, les deux entités avaient déclaré qu’elles s’emploieraient «conjointement à promouvoir des produits et systèmes de construction durables d’un bout à l’autre de la chaîne de construction des bâtiments», et s’orienteraient «vers la création d’un système mondial de mesure et d’amélioration de la biodiversité dans les carrières». Le directeur général de Lafarge soulignait alors que ce partenariat avait «permis d’accélérer le développement de la politique environnementale» de son groupe.

«Arrêter le projet s’il s’avérait néfaste»

«Nos engagements pour le développement durable sont toujours là, assure Lucy Wadge. Nous ne pouvons pas nous permettre de réaliser un projet nuisible pour l’environnement.  Lafarge s’engage d’ailleurs «à arrêter le projet s’il s’avérait néfaste».

Pour déterminer la faisabilité technique et environnementale de son projet, il a mandaté plusieurs bureaux d’études et une scientifique (Astérie, spécialisé en environnements aquatiques ; Seamer, bureau d’études en environnement hydraulique ; Laphy, laboratoire d'analyses de prélèvements hydrobiologiques ; Maryvonne Le Hir, docteur en océanographie biologique). Mais certains de leurs travaux sont contestés.

Alain Hénaff, géomorphologue du CNRS, n’est lié à aucune des deux parties.
Il souligne «la méconnaissance que l’on a des opérations d’extraction réalisées dans des eaux de profondeur «intermédiaire» (comme celles du site pressenti) et observe, sur l’un des documents fournis par les bureaux d’étude, «que les conditions d’une forte tempête de sud-ouest sont propices à l’érosion du trait de côte dans ce secteur». Il faut selon lui "tenir compte des futures opérations de réensablement des plages qui ne manqueront pas de se multiplier dans les années à venir, et nécessiteront d’utiliser des sources de sables proches des côtes affectées par l’érosion de manière à minimiser les coûts pour les contribuables». Enfin, il soulève la question de la multiplication envisagée des sites d’extraction dans ce secteur, et ses conséquences sur le rivage. «Nous avons une très faible connaissance de ce qui se passera sur le long terme», conclut-il.

D’autres scientifiques, comme le géographe Yves Lebahy, ou le biologiste Pierre Mollo,
apportent clairement leur soutien au Peuple des dunes. «La mise en suspension des sables et des vases occasionnées par des extractions intensives de sable peuvent à terme réveiller des microorganismes en dormance dans les sédiments, et ainsi encourager la prolifération d’espèces de phytoplancton indésirable qui mettront en péril toute l’économie de l’ostréiculture et de la pêche de cette région», avertit Pierre Mollo, enseignant-chercheur à l’INRA.

Sur le plan juridique, l’Association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres, à l’origine du collectif, attend la réponse du tribunal administratif de Rennes à son recours déposé il y a un an et demi. Le Peuple des dunes se réunit le 27 avril. Et déjà, il envisage des actions symboliques pendant l’été. Histoire d’alerter les nombreux touristes sur le devenir de leurs plages.

Raphaël Baldos
Mis en ligne le : 18/04/2007


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