Oct. 08 12

Version imprimable Ouest-France Morbihan - Extraction de sable : bagarre de scientifiques

Extraits article du 11/10/2008


Le sablier André L dans le chenal de Lorient 2008 - Photo archive Bruno Corpet

Revue de presse
Le quotidien, en page Morbihan de son édition de samedi, relate la réunion du Comité de suivi du vendredi 10 octobre 2008. Comme nous reviendrons sur cette réunion je vous laisse commenter l'article à loisir, mais je tiens à commenter la citation de Jean-Marc Golberg, en fin d'article,  ou il indique "Mais pour exploiter par 40 m de fond à la place de 30 m, il faudrait des bateaux si grands qu'ils ne pourraient pas débarquer dans nos port bretons." L'image si-dessus est celle du sablier André L, fleuron des sabliers exploitants les granulats marins en Atlantique. Hors sur le site "sur la route des batisseurs", on trouve un article du 24 février 2006 "André L le plus grand navire sablier français", dans lequel il est indiqué :
"Le chargement s’effectue au moyen d’une élinde traînante (le "tube de l’aspirateur"), d’un diamètre de 60 cm, pouvant extraire les granulats marins jusqu’à 40 mètres de fond, alors que la profondeur maximale accessible jusqu’à aujourd’hui se limitait à 25 mètres."
Qui faut-il croire ? Lafarge ? Italcementi ? On réalise, en faisant un clic sur les liens, que ces entreprises ont parfois une manière particulière de concevoir leur métier !
Vous pouvez aussi compléter en allant lire le compte rendu sur "Anita de Groix".


Ouest-France Morbihan

Extraction de sable : bagarre de scientifiques
 
Hier matin le préfet du Morbihan a réuni chercheurs et universitaires : l’exploitation de sables au large de Gâvres et Quiberon va-t-elle influer sur le cordon littoral ?
 
«Pourquoi imposer un projet d’extraction de sable ? En mer entre Quiberon et Groix à une population qui la refuse ?» demande un militant du peuple des dunes opposé au projet d’extraction de sable face au cordon dunaire de Gâvres. Le préfet du Morbihan l’interrompt. Après 3 heures d’exposé scientifique, il recadre le débat : «Ici, vous ne ferez ni référendum ni élection ! Nous instruisons un permis minier…»
Le grand fonctionnaire qui a ouvert le comité de suivi permis exclusif de recherches (PER) sablières est clair : «comme le disait le cimentier Lafarge nous avons à répondre à une demande de sable pour la Bretagne. L’instruction d’un permis minier ne prévoit pas le débat que nous avons aujourd’hui.» Les pouvoirs publics veulent bien l’organiser mais pas question de le transformer en une tribune.
 
Aspiration de sable.

Le problème halieutique , les phytoplanctons toxiques… auparavant, durant 3 heures, les scientifiques des deux parties ont défendu leur thèse dans une bataille de modèle mathématique.
Le problème géologique prend la majeur partie du débat. Yves Lebahy, géographe, remet en cause «l’importance exagérée» accordée à la barrière rocheuse – une frontière – qui empêcherait le sable du cordon littoral de migrer vers le large. Il réfute l’argument scientifique, mis en avant par Lafarge, qui parle d’absence de migration des sédiments sur les fonds marins sous les effets de la houle. «Agissons avec prudence» assène l’universitaire.
Patrice Leconte, cadre chez Italcimenti, réplique pour les sabliers : nous avons étudié le trait de la côte de 1952 à 2004. En 50 ans, le massif dunaire a gagné un million de mètres carrés.
Les scientifiques ont étudié les mouvements du sable au moment de la tempête du 9 au 10 mars 2008 : des creux de 8 m  au large, un trait de côte abîmé. Mais dans la zone du périmètre d’extraction, les transports de sable sont restés faibles.
Pour Yves Lebahy, il y a interdépendance entre le trait de côte actuel et l’ancien cordon dunaire, aujourd’hui sous marin, est vieux de 8000 ans.
Mais son collègue David Menier, géologue marin, maître de conférence à l’Université de Bretagne Sud est catégorique : «Nous n’avons jamais dit que la houle n’agissait pas. Mais s’il devait y avoir aspiration de sable par une souille de 3 mètres de fond à 5 km des côtes, pourquoi n’y a-t-il pas eu d’aspiration de sable vers les vallées fossiles : la fosse ne peut pas être l’aspirateur des sables côtiers ! Au-delà d’une certaine profondeur, les éléments sont bercés et se replacent dans le fond.»
 
Christian Gouerou

 
« Pourquoi ne pas exploiter plus profond en mer ? »

Le préfet qui n’a pas voulu du débat sur le fonds n’y échappe pas. Yves Lebahy l’interpelle sur le modèle de développement à venir, sur les dizaines de milliers de futures habitations construites : quel nature d’habitat ? quelle densification de l’habitat littoral ?
Jean marc Golberg, président de Lafarge Granulats Ouest, réplique : «On peut ne pas être d’accord avec les choix d’urbanisme, mais vous ne pouvez pas nous reprocher de faire notre métier.» Le préfet poursuit : «pour changer, il faut du temps et nous devons gérer les temps intermédiaires. Pour faire une reconversion industrielle, il faut 50 ans. Quant au principe de précaution il ne doit pas aboutir à ne rien faire.»
Le public demande à Lafarge s’il construit un nouveau bateau extracteur. Jean Marc Golberg indique «l’armateur à annoncé qu’il avait lancé une commande de bateau à Concarneau. Mais ceci n’a rien avoir avec Italcimenti ou Lafarge.» Yves Lebahy demande à nouveau : «pourquoi ne fouille-t-on pas plus loin et plus profond en mer ?»
Jean Marc Golberg rétorque : «Oui, nous exploiterons différemment dans 20 ans. Mais pour exploiter par 40m de fond à la place de 30 m, il faudrait des bateaux si grands qu’il ne pourraient pas débarquer dans nos ports bretons.»

Ouest France
Morbihan le 11/10/08


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Commentaires

1 - Reconversion industrielle

Le préfet déclare : "Pour faire une reconversion industrielle, il faut 50 ans."
Cette expression péremptoire ne doit pas nous bluffer.
Tout dépend de l'urgence qu'on se donne...

En période de guerre, de nombreuses entreprises dont les activités étaient civiles se sont reconverties en quelques mois pour apporter des moyens aux armées... C'est certes déplorable que ce soit dans cet objectif mais n'est-ce pas un démenti flagrant aux propos du préfet ?

En période révolutionnaire, comme celle qu'a connue l'Espagne durant la guerre civile de 1936 -1939, des usines avaient été abandonnées par leurs propriétaires et par les ingénieurs. Elles ont alors été collectivisées puis autogérées par des collectifs ouvriers, notamment au travers de leur organisation syndicale CNT. C'est le génie ouvrier qui a alors su reconvertir les moyens de production pour fournir des armes et engins de guerre aux milices ouvrières pour affronter les troupes franquistes. Là aussi, ce fut très rapide (ça n'a d'ailleurs pas empêché la victoire franquiste mais d'autres facteurs sont intervenus expliquant cette défaite...).

La reconversion industrielle est donc une question de volonté et d'imagination. Et ce qui a pu être fait dans un sens, pourquoi ne pas le concevoir dans l'autre ? En l'occurence, réorienter les activités des cimentiers vers des moyens de construction écolos et respectant les critères sociaux... Il faut sans doute pour cela toute une réflexion sur l'habitat... Quid des maisons secondaires ? et même du pavillon familial ? Quid des matériaux (paille, torchis, terre, bois...) ?

Mais est-ce possible sans un bouleversement social ? sans une prise en mains de l'économie dans son ensemble par la population... car pour renoncer aux logiques de profit et favoriser l'utilité sociale, peut-on le faire sans que le pouvoir de décision ne revienne aux collectivités de base ? Quid alors de la propriété privée des entreprises ?

 


mystiquaire | Le Vendredi 12/06/2009 à 21:23 | [^] | Répondre

 

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