Mars 07 14

Version imprimable Ouest-France. Sable : les industriels jouent la carte géologique

Extrait article du 13/03/2007

Revue de presse

Après l'ouverture du site internet consacré au projet d'extraction "Sud Lorient", les publicités en pleine page dans la presse locale, hier, les quotidiens Ouest-France et Le Télégramme publiaient chacun un grand article ou des "experts", du groupe Lafarge ou d'une des entreprises impliquées dans le projet d'extraction, essaient de convaincre la population qu'il n'y a aucunes conséquences négatives à extraire du sable de la mer.

Les industriels utilisent deux types d'arguments, il n'y a pas de danger pour les dunes , nos études le prouve, et "vous voulez du sable", "vous en avez besoin puisque vous voulez du béton" ... Ils n'ont pas de visions à long terme c'est à dire au-delà d'une génération, et ils "oublient" totalement le problème de la biodiversité marine.

Détail ! On apprend dans l'article de Ouest-France que nos élus sont au courant du projet depuis... "Depuis 2000, nous avons discuté à plusieurs reprise avec les élus concernés. Nous n'avons pas eu d'opposition à ces débuts" ... Vous avez bien lu, Depuis 2000 !!! Soit l'industriel ment, soit les élus en question ont une idée particulière de la démocratie.

Autre remarque surprenante "Parfois il suffit d'un ou deux leaders d'opinions..." A part Lafarge qui fait tout pour être le grand timonier du développement durable et du "risque zéro" , je n'ai pas vu de tribun mobiliser les foules, vous pouvez citer un nom ?
 

Ouest-France


Carte des fonds marins du secteur de Lorient Etel établie grâce aux travaux du Service hydrologique et océanographique de la marine (Shom). En gris les fonds rocheux, en bleu clair, les fonds meubles et sédimentaires. Selon les experts la carte met en évidence l'indépendance des sables côtiers et des sédiments anciens qui remplacent la paléovalée de l'Étel.

Sable : les industriels jouent la carte géologique

Pour Lafarge et GSM, pétitionnaires du permis de recherche, l'exploitation de sables marins entre Groix et Quiberon n'aurait pas d'impacts négatifs.

Le sable fait grincer les habitants de Gâvres jusqu'à la pointe de Quiberon en passant par la rivière d'Etel. Le projet d'extraction de 500 000 à 600 000 tonnes de granulats par an à sept kilomètres du cordon dunaire n'en est qu'au stade du permis de recherche mais soulève les passions. Pourtant les arguments de la multinationale Lafarge et de GSM, filiale du groupe italien Italcementi, tiennent la marée.

Primo, l'argument écologique :
tout le monde a en mémoire le trou creusé dans le sable d'une plage et son comblement quasi immédiat au passage du flux. Olivier Vicaire, de la société Astérie, sédimentologue qui travaille sur la prospection sablière, certifie que «les grains de quartz du site prospecté n'ont pas bougé depuis qu'ils y ont été déposés, il y a 9 000 ans environ.» Que veut dire le scientifique ? Que le gisement existant, de 15 m à 20 m de profondeur par 30 m de fond, est encadré par des reliefs rocheux qui constituent une barrière (voir carte). Pour mieux comprendre la géologie du sol en face du cordon dunaire, imaginez qu'il y a 9 000 ans, le niveau de la mer était de 30 m en dessous du niveau actuel. «L'érosion et le charriage des fleuves étaient énormes à l'époque. Ce sable vient de la terre par la rivière d'Etel. Il n'y a aucune trace de sable de dune, érodée par le vent, sur le gisement prospecté. La marée, le vent et la houle sont incapables de bouger ces sédiments. Le sable de la côte s'éloigne seulement de 100 m et revient. » Autre point qui conforte le scientifique : l'étude de la surface des grains de sable montre des figures de dissolution par l'eau de mer. Un travail que seuls les 9 000 ans ont pu effectuer.

Alors pourquoi ajouter 600 000 m2 de sable au pays de Lorient ?

Le groupe Libaud, par l'entremise de Dragages Transports Travaux Maritimes (DTM), qui extrait le sable, et Sablimaris qui le commercialise à terre, exploite déjà 400 000 tonnes de sable au Rohu. La Société de Ventes de Sables et Agrégats (SVA) en travaille 200 000. Le tas de sable du Rohu pèse déjà 600 000 tonnes en 2006. Si le groupe Libaud n'est pas directement impliqué dans le permis de recherche sablière entre Groix et Belle-Ile, Libaud est actionnaire à 60 % du groupe GSM, détenteur du Permis exclusif de recherches (PER) de granulats marins, avec la Société rennaise de dragage (SRD, filiale de Lafarge) et la société Granulats Ouest.Une maison, 34 tonnes de sable

Pourquoi du sable ?
Parce que pour faire une maison ordinaire, hors fondation, sans compter les parpaings, on a besoin d'environ de 34 tonnes de sable. En Bretagne, chaque année, on met quatre millions de tonnes de sable dans la construction dont 1,4 million de tonnes de sables marins.«Notre carrière de Radenac, où nous exploitons 250 000 tonnes de sable alluvionnaire, arrive en fin d'exploitation en 2009. Nous avons fermé la carrière de Pleugriffet - 250 000 tonnes par an - il y a deux ans, résume Jean-Marc Golberg, président de Lafarge Granulats Ouest. Notre projet d'implantation à Lanester, c'est simplement le déplacement de nos activités terrestres vers la côte.» La semaine dernière, pour la deuxième fois, le tribunal administratif de Rennes a suspendu la décision de refus de permis de construire du maire de Lanester à la Société rennaise de dragages. 90 % du sable du Rohu sert à la construction »

Avez-vous quelque chose à voir avec les projets de cimenterie au port de Kergroise ?

Nous démentons très formellement, insistent Patrick Lecomte, cadre de GSM région Pays-de-la-Loire et Jean-Marc Golberg, président de Lafarge Granulats Ouest. Nous démentons être derrière le projet Cimarmor - nous essayons même de savoir qui le pilote - ou même derrière celui de Céméroc. Nous avons déjà nos propres cimenteries.

Pensiez-vous rencontrer autant de difficultés face à ce projet ?

De par notre expérience d'extraction à terre, nous avons déjà rencontré ce genre de conflit. Parfois, il suffit d'un ou deux leaders d'opinions... Depuis 2000, nous avons discuté à plusieurs reprises avec les élus concernés. Nous n'avons pas eu d'opposition à ces débuts. Mais nous avons manqué de communication envers la population, vers l'extérieur. Nous pouvons dire aussi que nous sommes des industriels responsables, qui ne portons pas atteinte à l'environnement. Pour le moment, nous avons comme une sorte de feu vert à propos de la sédimentologie. Reste à finir les études. Nous devons rencontrer les pêcheurs et les plaisanciers, tenter de connaître l'impact de l'extraction vis-à-vis d'eux. Il faut 36 mois pour une réponse à une demande de concession. Nous ne sommes pas à trois mois près : nous irons rencontrer les gens.

On vous reproche également de ne pas chercher de solutions alternatives.

Ce n'est pas juste. Nous avons regardé ce que nous pouvons faire en ce domaine. Les boues de dragage par exemple ? Elles produisent des sables très fins dont nous ne pouvons utiliser que 10 à 20 %. Il reste donc 80 à 90 % de déchets. Le sable de kaolin ? Impossible car il crée une réaction chimique incompatible avec le ciment. Aller chercher le sable de mer plus loin, par des fonds de 70 à 80 m ? Il faudrait des élingues, des suceuses de 100 m de long, donc augmenter la taille des navires qui ne rentreraient plus dans les ports sabliers.Et des constructions alternatives, avec du bois ou du chanvre ? Ce sont des choix politiques. Ce n'est pas de notre ressort. C'est aux élus de décider si le mode de construction est adapté ou non. Nous avons déjà évolué et nous évoluerons encore. Mais même pour construire une maison en bois, il faut lui faire une dalle en béton. Dans la colle à carrelage, il y a du sable. Nous pouvons économiser du sable, mais il en faudra toujours. Surtout, il faut dresser le bilan énergétique pour chaque matériau, mener une réflexion globale. 90 % du sable déposé au Rohu sert à la construction. Aujourd'hui, nous assistons à un ralentissement de l'augmentation de la construction. Mais la demande reste forte, notamment dans le petit collectif.

Expertise et experts sont aussi remis en cause par la population. Quelle est votre réaction ?

Réponse d'Olivier Vicaire, de la société Astérie : Nous sommes un groupe de cinq experts indépendants, des universitaires, qui travaillons pour plusieurs sociétés ou collectivités. Le modèle utilisé pour étudier les courants marins, la houle ou l'influence des vents sur les sables marins est un modèle validé depuis plus de 10 ans.GSM et Lafarge : Nous sommes prêts à accepter un collège de scientifiques. Nous n'avons rien à cacher.

Christian GOUEROU.
Ouest-France
Ouest-France du 13 mars 2007


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