Août 07 11

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Extrait article du 10/08/2007


Revue de presse


Copie d'écran du 11/08/2007

Pèlerin.info Pèlerin n°6507

Défense du littoral

Au large du Morbihan : La guerre du sable fait rage

Entre les presqu'îles de Gâvres et Quiberon (Morbihan), face au plus grand massif dunaire de Bretagne, le cimentier Lafarge envisage d'extraire 600 000 tonnes de sable par an d'un gisement sous-marin. Inquiets, pêcheurs, scientifiques, élus et citoyens dénoncent les risques environnementaux et économiques.

Le projet de Larfage

Confronté à la pénurie des carrières de sable terrestre en Bretagne, le leader mondial des matériaux de construction a jeté son dévolu sur un gisement de granulats marins, à quelques kilomètres à peine du plus long cordon dunaire de Bretagne. 2 500 ha y sont protégés par les labels Grand site de France et Natura 2000 pour la richesse et la fragilité de la faune et de la flore.

Le projet en est au stade des recherches, mais si les études prouvent que les risques écologiques sont nuls, à partir de 2011, un bateau viendra chaque jour aspirer plus de 1 500 tonnes de sable à 30 m de profondeur. En trente ans - la durée de la concession qui serait accordée par le ministère de l'Industrie -, il creuserait la mer de 3 m sur une surface de 4 km2.

L'action du collectif "Peuple des dunes"

Dès qu'il a eu vent des intentions de l'industriel à l'été 2005, André Berthou, président de l'association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu'île de Gâvres, a tiré la sonnette d'alarme. "Le projet Lafarge entraînera la désertion des poissons et la faillite de plus de 300 pêcheurs" estime-t-il. Sous sa houlette, pêcheurs, ostréiculteurs, scientifiques, élus et citoyens se sont rassemblés pour déposer deux recours devant le tribunal administratif de Rennes.

Depuis le début de l'année, ils forment un collectif de 140 associations baptisé « Peuple des dunes ». Le 25 mars, 12 000 manifestants se sont réunis sur la plage d'Erdeven.

Les arguments contre le projet d'extraction de sable

L'érosion du massif dunaire "Affaissée,la dune ne sera plus à même de servir de pare-choc contre la mer. Le risque ? La submersion des habitations, comme nous en avons connue en 2001, et, à terme, la transformation des deux presqu'îles en îles" affirme Jean Grésy, vice-président du collecrif Peuple des dunes.

La disparition des ressources halieutiques « Poissons et crustacés ne viennent pas en baie d'Etel pour les beaux yeux des pêcheurs ! Il y a là des espèces qui vivent dans 15 cm de fond et constituent pour eux des garde-manger : l'extraction du sable stérilisera le site » tonne Jean-Pierre Le Visage, président de l'Observatoire du plancton de Port-Louis (Morbihan).

La contamination des huîtres et des moules Selon Pierre Mollo, chercheur en biologie marine, l'extraction du sable pourrait réveiller des micro-organismes en dormance et encourager la prolifération d'espèces de planctons nocives pour l'ostréiculture et la conchyliculture. Comme dans l'étang de Thau (Hérault), où les moules ont été interdites à la consommation suite à des extractions sous-marines.

Purs fantasmes ou risques avérés ?

Le groupe Lafarge poursuit ses recherches afin de prouver que ces accusations sont infondées. «Nous affirmons que les risques d'érosion du littoral sont nuls, déclare Karine Turk, directeur général secteur Bretagne de Lafarge Granulats Ouest. Les scientifiques que nous avons mandatés ont certifié qu'il n'y a pas d'interaction entre le gisement et la côte. Pour le reste, les études sont encore en cours. Mais s'il y a un risque avéré, Lafarge s'engage à abandonner le projet. Un projet modeste, au regard des 4 millions de tonnes de sable prélevées chaque année au large de Saint-Nazaire.»

Un rapport publié par les experts de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) en 1991 est pourtant formel : «L'exploitation du fond de la mer, quelles que soient les précautions prises, peut entraîner une évolution irréversible du milieu. (...) Ces extractions pourront provoquer ou aggraver l'érosion côtière (...) et la destruction du peuplement benthique (plancton) est indéniable.»

Sur le terrain...

«La majorité des élus du coin sait que le risque existe et refuse de le prendre, estime Alain Bonnec, maire adjoint d'Erdeven. On ne veut pas léguer une catastrophe écologique à nos enfants.» En avril, le maire de Wissans (Pas-de-Calais) a apporté son soutien au Peuple des dunes. En proie à de graves problèmes de recul du littoral, la commune de la Côte d'Opale a été contrainte de construire une digue. Dans les années 1960, des milliers de tonnes de sable avaient été extraites non loin de là pour bâtir les ports de Calais et Dunkerque.

Sarah Brethes.
Photos Samuel Bigot-Andia.
Pèlerin n°6507.


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