Oct. 08 26

Version imprimable Per Sud Lorient intervention de Yves Lebahy Géographe

Comité de suivi du 10 octobre 2008


Photo Yves Lebahy, archive copie d'écran vidéo FR3

Les documents présentés ici, sont ceux utilisés par Yves Lebahy lors de son intervention à la réunion du 10 octobre 2008 du comité de suivi "Per Sud Lorient", concernant le projet d'extraction de granulat marin (sable) entre Gâvres et Quiberon dans le Morbihan. Ces documents sont disponibles au format pdf sur le site Per du Préfet. Le document "fiches réponses" (document Lafarge) étant téléchargeable sur le site Per du cimentier.

L'intervention de Jean-Louis Guédeu de l'UNIVEM,  préalable aux propos de Yves Lebahy, est en ligne sur le blog du Peuple des dunes :
"Per Sud Lorient intervention de Jean-Louis Guédeu"


Introduction à l’exposé :


Réactions aux fiches réponses fournies par le pétitionnaire.
 
Une série de documents rédigés, sous forme de fiches réponses, vient de me parvenir indirectement et officieusement par le biais de Madame la Présidente de l’UMIVEM, accompagnée d’un courrier de Monsieur le Préfet du Morbihan annonçant la tenue le 10 Octobre 2008 d’une réunion du comité de suivi du PER. J’en ai pris connaissance ce mardi 30 Septembre 2008, le détail des documents ne me parvenant, toujours par ce canal, qu’ultérieurement. 
Le délai de prise en compte de ces documents est court et ne permet pas d’y répondre point à point, même si je tente de le faire au cours de cette matinée du 10/10.
 
Toutefois avant de présenter mes interrogations, ce que Monsieur Le Préfet me permet de faire aujourd’hui, ce dont je le remercie, je tiens à exprimer un certain nombre de considérations préalables :
 
Ce courrier m’a donc été adressé par le biais de l’UMIVEM, structure associative à laquelle je n’appartiens pas, mais qui m’a contacté dès sa connaissance d’un projet d’extraction, c'est-à-dire en Décembre 2006.  Il est vrai qu’à cette occasion j’ai été intégré à une série de rencontres avec divers acteurs concernés par le sujet. Mais c’est avant tout en mon nom propre que je présente ces interrogations et que j’ai apporté mes compétences au service du collectif «Peuple des dunes» dont je respecte le combat citoyen. Toutefois je ne m’y sens pas totalement lié, tout comme mes compagnons JL Guedeu et Pierre Mollo qui portent une réflexion et un engagement analogues au mien.  Je respecte les engagements de ce collectif, lui prête mes modestes compétences.
 
Pourquoi suis-je donc là devant vous, pourquoi ce texte «Quelles interrogations nous formulons au sujet de l’extraction des sables et de ses conséquences sur le secteur Gâvres – Quiberon ?».
  • Je ne l’ai pas fait en tant que «Professeur», titre dont on me gratifie mais dont je n’ai pas droit dans le système universitaire si prompt à défendre ses titres et ses distinctions. Je tiens à préciser, pour ne pas froisser certaines susceptibilités hiérarchiques, que je suis seulement Professeur agrégé de Géographie (ce qu’on désigne à l’université sous le vocable de PRAG) et enseignant aujourd’hui dans un Master professionnel d’aménagement maritime et littoral à l’UBS de Lorient. Si je n’ai pas embrassé une carrière honorable d’enseignant chercheur c’est que les circonstances ne l’ont pas permis, mais aussi parce qu’à deux reprises je ne l’ai pas moi-même souhaité. Toutefois, mes travaux et écrits sont reconnus par certains universitaires et aussi par des représentants d’instances étatiques et politiques.
  • J’ai rédigé ces interrogations davantage comme la réaction d’un citoyen responsable,  un minimum éclairé mais  conscient de ses limites, choqué par la communication  faite sur cette affaire par le pétitionnaire. Ce n’est en rien un «rapport» (le terme est ici utilisé par Monsieur le Préfet) méthodique et scientifique. Ce n’est qu’un texte  destiné à apporter une contribution à la réflexion. Pourquoi ? Tout d’abord parce que depuis le début de ce projet, travail scientifique et opérations de communication du pétitionnaire se mélangent et adoptent un discours tantôt technique tantôt simpliste, voire réducteur, tout à fait insupportable pour éclairer le simple citoyen et l’honnête élu. Il présente surtout la caractéristique d’être affirmatif, imposant sans aucune nuance des conclusions définitives, alors que chacun sait, surtout en terme de connaissances et d’analyses sur des questions aussi complexes que celles-là combien il faut être prudent, nuancé et critique. Le doute  et la prudence doivent être des notions essentielles de la décision. Nous avons trop d’exemples d’études antérieures analogues (parfois très proches de ce lieu) affirmant dans leurs conclusions une absence de risque ou de mutation des milieux et qui se sont révélées être fausses par la suite. En Géographie, en Géographie physique particulièrement, nous savons depuis longtemps combien l’homme doit agir avec humilité sur le milieu1. Le risque naît de la rencontre de l’aléa et de la vulnérabilité. Or souvent la vulnérabilité est le fait de l’homme et de son action sur le milieu* (note en bas de page). Ici, point de tout cela. Pour le moment des affirmations techniciennes dénuées de toute ouverture à un contexte large et aléatoire. J’ai dénoncé cet aspect des choses lors de mon discours de Port Louis du 8 Septembre 2007.
  • Les éléments fournis à ce jour par le pétitionnaire, tant en matière d’éléments  scientifiques  qu’en matière de communication grand public choquent en effet mes connaissances, mes convictions. Mes connaissances tout d’abord, certes acquises il y a longtemps lors d’un certificat de Géographie physique mention hydrologie marine et morphologie littorale, mais cependant mises à jour pour mes enseignements en morphologie littorale au sein de notre formation. Mes convictions surtout en matière de gestion côtière et littorale, de GIZC, concept dont je défends les principes holistiques en tant que Géographe depuis au moins une bonne dizaine d’années (Pays maritime). Car on ne peut aujourd’hui aborder une question aussi importante que celle là uniquement sous un angle technique, sans la considérer dans la dimension globale et critique de son contexte qu’il soit physique, humain, économique, environnemental, voire culturel.  
  • C’est à ce titre que très tôt, notre petite équipe de réflexion (JL Guedeu, P. Mollo et moi-même) a sollicité auprès des services de l’Etat, de la Région, de la Communauté d’agglomération de Lorient, aide et surtout souhait de voir se constituer un comité de suivi scientifique indépendant de celui constitué par le pétitionnaire. Cela afin que l’analyse reste impartiale. Ce point souligne d’ailleurs les défaillances actuelles de la procédure en matière de permis de recherche et de licence d’exploitation, à la différence de ce qui s’opère dans d’autres pays européens. Or l’agglomération de Lorient a créé pour sa part un comité scientifique, tout en jugeant nécessaire de nous en tenir à l’écart. Précaution de principe ou démarche politique ?
  • C’est donc à ce titre  que j’ai rédigé ces interrogations. Elles peuvent paraître naïves au regard de certains aspects techniques et des compétences qu’impliquent de tels domaines de recherche. Je l’ai souligné dans l’introduction et dans la conclusion du document. Toutefois je pense que les questions posées restent essentielles et certains aspects de leur contenu aussi, même si nos compétences ne nous permettent pas d’y répondre. Elles ont été transmises à cette structure lorientaise. Elles ont par ailleurs été soumises pour avis à des spécialistes reconnus parmi les plus éminents de la question, pour éviter toute élucubration et toute dérive de notre part, cela grâce à l’énorme travail de relation opéré par Jean Louis Guedeu. Ce ne sont là que des interrogations. Elles comportent une dimension critique appuyée par des connaissances pouvant paraître limitées et fragmentaires. Mais elles ne méritent pas les réponses brutales qui leur ont été faites.  
En effet, je suis choqué, à les lire, du mépris affiché en certains points. Je m’y attendais, compte tenu des enjeux que suscite ce projet, mais pas à ce degré. Comme quoi les susceptibilités sont fortes, les intérêts énormes. Nombreuses de ces fiches de réponse sont dédaigneuses, me renvoyant à mes chères études, ou au mieux d’une condescendance bienveillante. Cela me semble indigne d’un débat responsable. Je suis prêt à entendre des vérités, à remettre en cause mes connaissances et mes compétences. Parfois ces fiches ne répondent pas aux questions posées ou répondent à côté. Volontairement ou involontairement, ce qui dans un tel cas confirmerait mes doutes? 

Mais je ne tolère pas qu’on me produise des affirmations aussi impératives, en tant que citoyen, en tant que scientifique quand même. Tout comme je ne tolère pas un enfermement dans une seule analyse technicienne, sûre de ses conclusions, s’appuyant sur des méthodologies certes très élaborées mais dont les modèles peuvent être remis en question d’un moment à l’autre. Or nulle incertitude n’apparaît, nulle marge d’erreur n’est évoquée. Mais peut-être est-il trop tôt ? Les vraies analyses scientifiques retenues ou non terminées. Alors pourquoi déjà communiquer sur des bribes de conclusions ?

En effet, je me méfie de ces diagnostics essentiellement techniques. Ils rendent compte d’un état, mais ne doivent être qu’un élément de la décision. Comme si en médecine on ne soignait qu’à partir des stricts résultats d’analyse. Une observation du sujet est parfois tout aussi révélatrice. Et pour reprendre l’image de la démarche médicale, un bon diagnostic ne repose-t-il pas avant tout sur l’observation, l’écoute, la palpation. En tant que géographe, la simple observation du milieu littoral nous renseigne sur beaucoup d’éléments, des dynamiques littorales, des orientations de courants ; de même que le marin pêcheur perçoit les frémissements de ce milieu qu’il pratique à longueur d’année. Tous les avis quels qu’ils soient, aussi élémentaires et rudimentaires puissent-ils paraître, méritent écoute attentive et prise en compte au même titre que des expertises scientifiques pointues. C’est d’ailleurs un des principes de la GIZC. Dans un lieu où elle s’expérimente, prenons cette démarche en compte, pour une fois et écoutons ces interrogations.

Le corps de la présentation

Il repose sur deux éléments que vous pouvez facilement consulter :

Un texte, que vous pouvez retrouver et lire à partir du lien ci-dessous. Il est présenté en deux articles "à suivre" avec ses annexes facilement accessibles avec des liens.
"Quelles interrogations nous formulons au sujet de l’extraction des sables et de ses conséquences sur le secteur Gâvres-Quiberon ?"

Une présentation "power-point", disponible en téléchargement au format pdf à partir du lien contenu dans l'image du premier écran, ci-dessous :
"Interrogation sur les effets des prélèvements de granulats marins sur le littoral de Gâvres Quiberon"



En conclusion de ce propos
 
Tout d’abord,  je tiens à souligner à quel point l’amalgame, actuellement réalisé et proposé à la communication par le pétitionnaire, entre éléments d’analyses scientifiques et propos grand public, est néfaste à la compréhension de ce dossier et au sérieux responsable qu’il devrait présenter. Cette communication nuit à la crédibilité de l’argumentaire scientifique présenté, en dépit de sa rigueur méthodique.
 
Je ne voudrais pas que l’on confonde mes interrogations avec des réponses techniques, comme le portent ces dossiers de spécialistes. 

Elles ne sont que celles d’un amateur, éclairé un peu, dont les savoirs peuvent paraître rudimentaires et obsolètes aux yeux des spécialistes, mais ouvert par contre aux réflexions de société, à l’analyse globale et surtout travaillant de façon bénévole, indépendante et disposant de peu de temps. Or, ce rôle ne devrait pas être le mien et il manque indubitablement dans cette démarche une expertise totalement neutre.  Elles ne peuvent, d’autre part, être comparées avec le travail de spécialistes, focalisés depuis de longs mois sur la question et rétribués par le pétitionnaire.   
 
Néanmoins, la question hydro sédimentaire, toute aussi importante soit- elle, est-elle le vrai problème ?
  • On se rend compte, qu’en fonction des objectifs, on peut faire dire une chose et son contraire à cette approche technicienne, aussi élaborée soit-elle. Elle révèle cependant une certaine imprécision dans ses conclusions, des contradictions parfois, des marges de doute énormes.
  • Par contre, la question essentielle n’est-elle pas celle de la pertinence socio-économique d’un tel projet ? Question d’une autre importance qui touche la question des ressources primaires, celle des activités qui en découlent, voire les choix en matière d’urbanisation et d’environnement. C'est-à-dire une question qui se pose de plus en plus sur les littoraux de la région : quel projet de société voulons nous en ces lieux ?
Je n’ai personnellement rien à gagner dans cette affaire ; plutôt des coups à prendre.
  • Peut-être ne suis-je utilisé que comme un faire valoir innocent, utile à l’expression d’une scientificité triomphante ou d’intérêts supérieurs.
  • Mais au moins, aurai-je tenté, avec mes compagnons, de porter une réflexion qui souligne à quel point gérer un littoral aujourd’hui devient un exercice éminemment complexe et périlleux.

Yves Lebahy
Octobre 2008

(*) Voir à ce sujet les ouvrages de Yvette VERNEY, tels L’érosion entre nature et société, 1998 ou  Les risques, 2003, chez SEDES ou l’essentiel ouvrage de Philippe et Geneviève PICHEMEL, La Face de la Terre, A Colin 1988 qui défend le concept de « géosophie » : visant à retrouver la sagesse de l’homme à l’égard de la terre.


Mots-clés : , ,

 

Recherche dans tout le site 

Services visiteurs 



voir les Stats

Annuaire et Guide de Bretagne, www.webbreton.com
www.webbreton.com


autres