Juin 08 17

Version imprimable PER Sud Lorient. Pourquoi un comité scientifique indépendant est-il nécessaire ?

Par Yves Lebahy, Géographe

 
Yves Lebahy, photo archive copie d'écran vidéo FR3

A l'occasion de l'ouverture de ce nouveau blog du Peuple des Dunes et ayant pris conscience de l'importance de la communication sur Internet, Yves Lebahy m'a fourni, pour les publier, des textes écrits pendant l'année 2007 mais toujours d'actualité.

Après, le texte du discours qu'il a prononcé à l'occasion du Fest Noz de Port-Louis "
Quel projet de société voulons nous sur le littoral?" voici celui qui explique pourquoi nous ne pouvons accepter les conclusions, de fait partisanes, présentées par Lafarge sur son site consacré au PER Sud-Lorient et le préfet du Morbihan sur le site, miroir de celui de Lafarge, ouvert aux frais du contribuable.

Vous remarquerez qu'il y a des liens vers ces sites dans la colonne de droite du blog du Peuple des Dunes, puisque contrairement à Lafarge et au Préfet du Morbihan le collectif Le Peuple des Dunes contribue à une véritable information du publique concerné.



Pourquoi un comité scientifique indépendant est-il nécessaire ?

Dans l’affaire des prélèvements de granulats marins du secteur Gâvres Quiberon qui nous intéresse, mais fort probablement dans des démarches analogues de recherche et d’extraction situées dans d’autres secteurs géographiques en cours ou envisagés, la neutralité des expertises scientifiques sur lesquelles elles s’appuient, semble poser problème. Il ne s’agit pas de mettre ici en cause le sérieux de ces études, conduites le plus souvent par des experts et des bureaux d’études reconnus, mais bien de mesurer l’impact de leur dépendance à l’égard d’un commanditaire qui  représente uniquement l’intérêt des sociétés d’extraction qui financent ces études.

Défaut de communication ou mépris du public, dans le cas qui nous intéresse, certaines conclusions fournies par ces bureaux d’étude sèment le doute au lieu d’apporter un éclairage responsable et nuancé marqué par l’humilité propre à toute démarche scientifique.
Affirmer  dans la communication au public que la houle ne pouvait avoir aucun effet sur des fonds situés entre 25 et 30 mètres décrédibilisait d’emblée le sérieux de l’étude. Quiconque a modestement étudié les dynamiques marines  sait qu’il n’en est rien. Un telle affirmation ignore des règles édictées  sur ce sujet dès la fin du XIXème siècle  (Rankine par exemple) et affinées depuis. Un vérification sur place par plongée nous a même démontré que leurs effets étaient bien supérieurs à ceux définis par leur simple application théorique.  Aujourd’hui d’ailleurs, le consortium des sociétés incriminées ne communique plus sur ce point !
D’autres affirmations, assénées de manière toute aussi péremptoire, ont remplacé cet argument : rôle d’un système de failles parallèles au rivage et constituant une barrière à la migration des sédiments ; absence totale de corrélation entre des sédiments profonds  hérités d’un système dunaire fossile et le cordon dunaire actuellement visible en bord de côte ; etc… Ces  affirmations se succèdent au fur et à mesure qu’elles sont contredites. Une telle démarche de communication dévalorise des études qui peuvent par ailleurs être sérieuses et sème un doute sur la crédibilité scientifique des études conduites. Sont-elles pertinentes ou non ? Dans quelle mesure peut-on leur faire confiance ?  Elles ne relèvent en rien de la prudence et de l’humilité que doivent avoir les conclusions scientifiques marquées normalement par le doute. Et nous avons trop d’exemples proches d’actions humaines qui en leur temps ne devaient, d’après les études scientifiques et les simulations,  n’avoir nul impact sur le milieu et dont aujourd’hui nous mesurons bien les effets désastreux pour l’environnement (exemples proches des barrages d’Arzal et de la Rance).
Pire, dépendantes de commanditaires intéressés et somme toute pressés par le temps, ces études, ou tout au moins ce qui en est présenté au public,  donnent la nette impression (peut-être à tort) d’être téléguidées ou bienveillantes, focalisées aux seuls besoins de l’extraction. Elles ignorent les effets environnants, limitant leurs analyses aux conséquences immédiates.  Face à un système hydro sédimentaire d’une telle complexité, elles ne s’inscrivent pas sur un espace élargi à l’ensemble du bassin maritime,  ne s’attachent pas à la perception des phénomènes sur le temps long, dans des conditions variables de milieu (tant actuellement que sur les temps géologiques ou à l’égard des mutations à venir), ne tiennent pas compte de leurs limites techniques sur ce champ spatial limité et fluctuant dont les dynamiques sont très difficiles à modéliser. Les effets de prélèvements opérés il y a 50 ans sur ces mêmes littoraux, ne se font sentir que maintenant. Incapacité technique ou urgence de rendre une conclusion répondant aux contingences d’un marché, là est la question ?  NB : Il faut savoir qu’en Grande Bretagne des études équivalentes nécessitent une expertise d’au minimum 15 ans et sont soumises à l’approbation d’un comité d’experts neutres et assermentés par la couronne.
Enfin, dans une bataille d’expertise conduite par des sociétés au pouvoir financier immense, qui ont la nécessité mais aussi la capacité à payer ces études,   les pouvoirs publics, les collectivités ou la société civile, à travers les associations, apparaissent bien démunies  pour contrer les conclusions produites par ces analyses. Elles sont sans moyens financiers. Elles sont dans la situation de défense nécessitant répondre au coup par coup aux conclusions qui posent problème et toujours à posteriori. Elles peinent à recruter des experts, même bénévoles, qui dans le contexte actuel d’inféodation des laboratoires de recherche aux contrats venant du secteur privé, ne veulent s’aliéner les commanditaires futurs qui seuls permettront la survie de leurs équipes. Nous avons nous-mêmes été confrontés à la prudence et au refus de collègues en matière d’engagements à nos côtés pour construire une contre expertise. Nous avons  nous-mêmes subi une tentative de débauchage, sous forme de proposition de contrat de recherche. L’indépendance de l’expertise ne peut plus exister dans de telles conditions et c’est admettre alors le retrait de la puissance publique chargée de défendre l’intérêt commun sur un tel terrain.

Pour toutes ces raisons, tant scientifiques que politiques, il apparaît donc nécessaire que la puissance publique, quelle que soit la structure qui la porte, se dote d’un système indépendant d’expertise ou plutôt de contre-expertise, qui ne soit inféodé à nul autre intérêt que celui de la collectivité, qui ne soit en rien bousculé dans les délais d’étude seuls conduits par les stricts impératifs économiques qui nécessairement  seront pressés d’obtenir  de conclusions aptes à couvrir leurs intérêts.
Face à des questions aussi importantes que l’équilibre d’un milieu dont dépend la vie de sociétés, littorales en ce cas, il nous faut retrouver de la raison.

Yves Lebahy
Géographe
10 Juillet 2007



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