Jan. 07 28

Version imprimable Peuple des Dunes compte rendu réunion du 27 janvier 2007

à Gâvres


Ordre du jour
- présentation et signature de la charte du collectif « le Peuple des Dunes »
- préparation de la manifestation du 25 mars à 15 heures sur la plage d‘Erdeven

La parole est donnée en préambule à deux experts :

1. le professeur Yves Lebahy, de l’université Bretagne sud de Lorient

La question de l’extraction de sable dans la baie d’Etel doit être appréhendée sous trois angles : physique, économique et politique · approche physique : incidence de l’extraction sur le trait de côteSans aborder les paramètres biologiques, l’évolution géomorphologique du trait de côte, à l’heure actuelle, que ce soit du côté de Gâvres, de la Laïta ou même plus au nord des Glénans, laisse apparaître un amaigrissement très fort du trait de côte qui explique sans doute les submersions marines récentes qu’ont connues Gâvres mais aussi l’île Tudy.

Un fort amaigrissement du trait de côte

Ce processus est le résultat des prélèvements de sable effectués pendant la dernière guerre sur le site dunaire : un million de tonnes de sable pour la construction de la base sous-marine et environ 4 millions de tonnes pour la reconstruction de Lorient. Il en résulte un manque énorme de matériaux qui se fait sentir après un laps de temps de 50 ans. Ainsi s’explique sans doute la dérive littorale, liée à des retours de houle et qui se manifeste par une migration du sable de Penthièvre vers l’île Tudy.
La dune vit et les matériaux de sable qui l’alimentent ne proviennent pas des mouvements actuels de nos fonds sous-marins. Il résulte des dernières grandes glaciations et ce sont ces grands gisements de sable issus des grandes glaciations qui construisent aujourd’hui les dunes actuelles.
Opérer des prélèvements dans ces gisements de sable, c’est mettre en péril l’approvisionnement de la dune vive actuelle.
Il faut également prendre en considération tous les mouvements de la houle. Ces mouvements, dont certains disent qu’ils sont perceptibles sur une hauteur de 20 à 30 mètres, le sont peut-être jusqu’à 40 mètres. Et les effets sur les fonds dépendent de la longueur d’onde de la houle. La profondeur de la houle résulte de la moitié de cette longueur d’onde. Plus la longueur d’onde est forte, et plus les effets sur la profondeur sont importants.

Une forte élévation du niveau de la mer


Il faut prendre en compte également l’élévation du niveau de la mer. En 1990, lorsque les scientifiques faisaient état d’une élévation de 90 cm du niveau de la mer, aucun d’entre eux n’était crédible. Aujourd’hui, on sait d’ores et déjà, et c’est sans doute l’hypothèse la plus basse, que le niveau de la mer va augmenter d’ici 2080 de 60 à 80 cm. À Brest par exemple, le niveau de la mer a augmenté pendant des siècles d’environ 1 mm cinq par an et dans les dernières décennies, l’augmentation a été de 3 mm par an. Une élévation de 80 cm correspond à la disparition d’un tiers des Pays Bas.

Face à tous ces risques, seul le principe de précaution doit prévaloir.

Approche économique

Il faut savoir qu’en France, chaque année, sont consommés 419 millions de tonnes de béton pour une production de 401 millions de tonnes, soit un manque de 18 millions de tonnes dont le déficit se fait surtout sentir en Île-de-France et dans le sud-ouest de la France. Il existe donc un besoin énorme en granulats, et ce d’autant plus que des fournisseurs anciens comme la Norvège et la Grande-Bretagne sont aujourd’hui défaillants. La Grande-Bretagne a, en effet, fermé certains sites et s’est vue notamment empêcher la mise en exploitation d’un site dans l’île de Harrys, sous la pression des associations locales et de la société civile. Les cimentiers ont donc le couteau sous la gorge et se tournent vers des productions nouvelles. Il faut savoir également que la France est l’un des plus mauvais élèves en matière de recyclage des granulats. 16 % des besoins allemands en béton sont couverts par des matériaux issus du recyclage et 25 % en Grande-Bretagne, mais en France seulement 4,5 % des besoins sont pris en charge par le recyclage. Il faut donc impérativement renforcer la logique de recyclage qui correspond à une logique de développement durable et une demande forte au groupe Lafarge doit être faite en ce sens. Il convient également de se poser la question de la pertinence de l’usage systématique du béton qui répond à une logique de court terme alors que d’autres matériaux existent. Là encore, il faut faire de cette occasion de mobilisation liée à cette extraction de sable dans la baie d’Etel une exigence d’innovation pour les groupes industriels.

Approche politique

Enfin, ce projet de prélèvement de sable se fait selon des méthodes cachées, ce qui va à l’encontre de ce que cherche à promouvoir l’Europe sur la gestion des littoraux. Le lancement de ce projet s’est fait ici à l’encontre des orientations de cette gestion intégrée qui va dans le sens d’une responsabilisation des populations à l’égard de leurs propre territoire.
La France est là encore la plus en retard en Europe sur cette question et cette affaire d’extraction de sable peut ici également jouer le rôle de catalyseur permettant une gestion responsable de nos territoires.
A cela s’ajoute une contradiction totale dans les décisions prises par l’État : d’un côté l’opération grand site dunaire exigeante sur le plan financier, de l’autre un projet d’extraction de sable qui menace ce même grand site dunaire. Il est donc important d’essayer de recenser tous les arguments permettant d’informer la population sur l’ensemble des conséquences que ce projet emporte. Il convient ensuite de sensibiliser l’ensemble des responsables politiques afin de mettre en œuvre une gestion intégrée de cette question. Une étudiante va se voir confier un travail d’étude pour collecter l’ensemble des argumentaires y afférant.


2. Pierre Mollo : conseiller scientifique de l’Observatoire du Plancton
(obsplancton@wanadoo.fr)

Pierre Mollo déclare, en préambule, que son devoir était d’être là compte tenu de la ghravité de la situation. Une extraction de 18 millions de tonnes en 30 ans représente quelque chose de totalement impressionnant au regard de deux phénomènes : l’augmentation du niveau de la mer et les effets de la houle sur le cordon dunaire, dont on ne connaît pas à ce jour les évolutions futures. L’observatoire du plancton étudie actuellement les marais salants de Guérande dont la configuration n’a pas bougé depuis près d’un siècle et sur lesquels pèsent aujourd’hui une menace liée notamment à l’élévation du niveau de la mer. Il dénonce ce qu’il appelle un effet shadock de certaines décisions publiques : d’un côté, on pompe le sable, de l’autre on désenvase, dans des ports notamment.
Là encore on constate une mauvaise utilisation des sédiments excédentaires : pourquoi ne pas réutiliser les vases ? Pourquoi ne pas réutiliser les 20 000 tonnes de coquilles de moules et d’huîtres disponibles ?

Aujourd’hui, la biodiversité est en train de se transformer et l’on constate une migration vers le nord de nombreuses espèces, la morue par exemple mais aussi les rougets qui arrivent sur nos côtes.. Dire que cette zone qui va de Quiberon à Gâvres n’est pas une frayère pour poissons est inadmissible et les sédiments sont riches de toute une vie que l’on ne voit pas.

L’observatoire réfléchit à la possibilité d’aller faire des prélèvements pour observer sur place le plancton, afin de prouver qu’il y a de la vie et de donner aux cimentiers et décideurs publics des arguments « en béton » sur le bien-fondé de notre action.


3. présentation de la Charte et discussion · La Charte

Après lecture de la Charte par le président, le vice-président expose la philosophie qui sous-tend la rédaction de cette charte qui est proposée à la signature de l’ensemble des associations du collectif.

D’abord le nom, « le peuple des dunes », destiné à rassembler, sous un titre mobilisateur, l’ensemble des personnes qui vivent ou travaillent à proximité des dunes. Puis, le rappel du principe constitutionnel du respect de l’environnement, inscrit dans la charte de l’environnement, valeur d’autant plus importante qu’elle est au cœur de la protection des sites par Natura 2000 et du projet du grand site dunaire, tous deux menacés par cette extraction de sable. Elle inscrit notre action enfin dans un état de nécessité et dans un continuum des générations présentes et à venir pour montrer précisément qu’il convient de faire pièce aux décisions politiques lorsqu’elles sont centrées sur le court terme et qu’elles menacent l’avenir de nos enfants et notre planète. ·

La rencontre avec Lafarge

Le président et le Vice-président font état également de la rencontre récente avec des représentants de Lafarge et de Italcementi. Positions bloquées de part et d’autre mais qui ont laissé poindre deux sources d’irritation profonde chez le représentant de Lafarge : l’idée que l’on puisse porter atteinte à l’image de Lafarge comme industriel soucieux de développement durable, et l’idée que l’on puisse mettre en avant des questions financières et donc la recherche du profit pour expliquer cette extraction en mer près de nos côtes. Autrement dit, la critique faite à un Lafarge pollueur, et voulant à la fois le sable et l’argent du sable est une critique qui fait mouche. Par ailleurs, il a été clairement exprimé que le sable présent près de nos côtes était un granulat d’une grande richesse qui convenait tout à fait aux besoins des cimentiers.

À notre demande de savoir pourquoi d’autres sables ne pouvaient être utilisés, sable en excédent dans certains lieux du territoire ou bien sable du désert saharien, il a été prétendu que ces sables étaient trop fins pour faire du ciment.

A notre demande également de savoir pourquoi Lafarge ne finançait pas des projets de recherche et d’innovation soit pour trouver d’autres matériaux, soit pour utiliser ces sables très fins, aucune réponse n’a été apportée. Cette réunion avait sans doute pour but, du côté de Lafarge, de tester la détermination du collectif. De ce point de vue, la volonté de poursuivre par des manifestations, y compris, si les cimentiers ne revenaient pas sur leur décision, au moment du festival interceltique de Lorient, leur a été exprimée avec force. · La discussionLes éléments essentiels de la discussion tournent autour des thèmes suivants :- Nécessité d’être crédibles et d’asseoir notre légitimité sur des argumentaires scientifiques de grande rigueur, pour faire pièce aux experts du bureau Seamer, de Lafarge. - Mais en même temps, parce que le rapport de forces nous est extrêmement défavorable, nécessité de ne pas se faire piéger par le désir d’être reconnu comme un bon élève au milieu des bons élèves. Il s’agit ici de se faire entendre et donc d’utiliser ce qui fait notre différence, c’est à dire notre passion, notre conviction que nous agissons pour le bien des générations futures, y compris si, pour ce faire, il faut emprunter quelques chemins de traverse.


4. L’organisation de la manifestation : le 25 mars 2007 sur la plage d’Erdeven, à 15 heures

Jimmy Pahun présente le dispositif destiné à assurer le succès de cette manifestation pour laquelle nous attendons une mobilisation de l’ordre de 10 000 personnes.

- 1000 affiches à apposer le plus largement possible, chez les commerçants. Une proposition d’affiche a été présentée. Suite aux réactions qu’elle a suscitées, il a été décidé qu’un petit groupe de travail retravaillerait la maquette et rendrait son projet pour le mardi 30 janvier.
- 20 000 affichettes à distribuer au sortir des grands magasins, des réunions publiques, des écoles, dans tous les lieux collectifs, afin d’appeler à la manifestation du 25 mars 2007. Les groupements hôteliers devront également être sollicités.

Pour ces deux outils, il convient également de permettre à chacun de télécharger affiches et affichettes sur le site ou simplement de les avoir à disposition par mail afin de diffuser le plus largement possible, par courrier électronique, cette invitation à manifester.

- Des autocollants à vendre pour un montant à déterminer et qui nous permettra de financer les actions à venir
- L’ouverture d’une nouvelle adresse e-mail : peupledesdunes@gmail.com
- L’ouverture d’un blog : http://peupledesdunes.blog.com
- L’ouverture d’un forum « le peuple des dunes » auquel vous accédez par l’adresse http://peupledesdunes.annuaire-forums.com et dont le de mode d’emploi pour l’inscription dans le forum est joint en annexe.

La gestion de ces trois derniers outils nécessite de faire appel à un modérateur, d’autant qu’il convient d’être très vigilant sur le contenu des propos qui paraîtront sur le site afin d’éviter tout contentieux en la matière.

- La création de banderoles pour la manifestation
- La location d’un système de sonorisation
- Le recours à un bagad

Le coût pour l’ensemble de ces outils est estimé à 5 000 €. Les contributions doivent être envoyées à l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres (ASPLPG), qui identifiera un compte séparé pour le collectif « le peuple des dunes ».

La proposition qui est faite est celle d’une contributions à hauteur de 1 euro par adhérent dans chaque association. Certaines associations, et notamment l’association de l’école de voile de Port-Louis, «porh loeiz skiff voile» répondent par l’affirmative à cette proposition. D’autres, qui constituent en fait des fédérations regroupant un grand nombre d’associations, préfèrent utiliser une autre clé de répartition pour leur contribution à cette manifestation. Dans l’attente des contributions qui seront donc à verser à l’ASPLPG, une collecte est ouverte, en sortie de réunion, pour aider au financement des premières actions.

Contact "Le Peuple des Dunes"
peupledesdunes@gmail.com


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