Mars 07 30

Version imprimable Peuple des dunes contre multinationales cimentières

Par Olivier Bonnet sur Plume de Presse et Natura Vox


Revue de presse-web

Olivier Bonnet soutien la cause du Peuple des Dunes avec un article documenté qu'il publie sur son blog "Plume de presse" et sur Natura Vox, de nombreux commentaires sont à lire.

 

Plume de presse
Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

Natura Vox

"Peuple des dunes" contre multinationales cimentières

En toute discrétion, un arrêté ministériel du 3 mai 2005
, signé de la plume du ministre délégué à l’industrie de l’époque, Patrick Devedjian, a autorisé deux cimentiers, Lafarge et Italcementi, à effectuer à 5 Km des plages du Morbihan une recherche de... sable. "Autant l’on comprend qu’il faille rechercher des gisements de pétrole ou de minerais, autant rechercher du sable dans une baie sableuse constitue une absurdité intellectuelle", se gaussent les Verts de Bretagne, mais l’affaire n’est pas comique du tout: cette recherche est le préalable à l’extraction de 600 000 tonnes de sable, étalée sur une durée de trente ans.

Rappelons que le stock de sable actuellement existant a été fabriqué à la fin du quatrième millénaire et qu’il est susceptible de tarissement. Et de fait, c’est la raréfaction des ressources des carrières terrestres qui incite les cimentiers à l’extraire en mer. Seulement voilà: la zone concernée est une immense frayère où se côtoient bars, merluchons, lançons, sardines, coquillages et bien d’autres espèces, et donc un important secteur de pêche. Le phytoplancton pourrait également être menacé.

Autre problème, les plages de la région subissent déjà un important dégraissement naturel, qui risque bien d’être considérablement amplifié par l’extraction d’un tel volume de sable à 5 Km des côtes: "lorsque l’on creuse sur une plage ou en mer un trou, la mer comble automatiquement ce trou par aspiration du sable environnant, il est évident que le cordon dunaire du grand Site sera sinistré, voire appelé à disparaître, expliquent les Verts. Veut-on à terme être contraints de construire des dunes de béton pour éviter la destruction du cordon dunaire, aspiré par cette extraction industrielle, dunes construites, aux frais du contribuable, avec le sable même qui leur aura été retiré?", interrogent-ils.

Pour couronner le tout, à moins de trois milles de la zone d’extraction prévue se trouve un site déclaré par Bruxelles d’intérêt communautaire : des ilôts de la baie de Quiberon, protégée au titre de son classement Natura 2000.

Ajoutons enfin que toute l’affaire a été décidé entre le gouvernement UMP et les deux multinationales sans aucune consultation des élus locaux. Exemplaire de la façon dont on se moque totalement de l’environnement et des populations quand il s’agit de faire du business. Contre cette scandaleuse politique du fait accompli est né un collectif, joliment baptisé "Le peuple des dunes", qui fédère quelque 150 associations locales de défense de l’environnement! A son initiative, dimanche dernier, une manifestation bien peu médiatisée a pourtant réuni sur la plage d’Erdeven près de 10 000 personnes... Ostréiculteurs, pêcheurs, agriculteurs, plaisanciers et touristes, drapeaux bretons au vent, y ont cotoyé les élus ceints de leur écharpe tricolore et même Dominique Voynet, candidate des Verts à la présidentielle, au son des binious et bombardes du bagad de Locoal-Mendon, orchestre réputé en Bretagne.

Prise de conscience citoyenne


"Le combat que nous menons aujourd’hui se gagne sur trois terrains, politique, scientifique et juridique: Jean Grésy, co-fondateur du "peuple des dunes", a pris la parole pour prononcer un discours des plus vibrants. Sur le terrain scientifique, vous avez entendu s’exprimer Yves Lebahy et Pierre Mollo (géographe et enseignant chercheur, Ndlr) qui, avec conviction, vous ont énoncé tous les risques d’un tel projet d’extraction de sable en mer. Sur le plan politique, vous pouvez observer qu’un grand nombre d’élus, femmes et hommes, sont parmi nous aujourd’hui et la présence d’une candidate aux élections présidentielles témoigne de la dimension nationale de cette manifestation. (...) Sur le plan juridique enfin, un recours administratif a été introduit par l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres, voici plus de 18 mois. Le tribunal administratif de Rennes ne s’est pas encore prononcé à ce jour. En effet, une seule issue s’offre à nous si nous voulons sauver le cordon dunaire, l’application par les pouvoirs publics du principe de précaution, a-t-il poursuivi. Car les textes sont là qui permettraient de protéger un tel patrimoine de l’humanité et de nous défendre contre ce pillage (...). La France a pourtant signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer, ainsi que la convention Ospar qui énonce l’obligation pour tous les Etats de protéger et de préserver le milieu marin et d’appliquer le principe de précaution. A ce titre, les Etats doivent s’engager à prendre des mesures de prévention dès lors qu’il y a des motifs raisonnable de s’inquiéter, c’est-à-dire lorsqu’une activité est susceptible de nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes marins et cela même s’il n’y a pas de rapport de causalité entre l’action et ses effets. La France a aussi adhéré au traité instituant la communauté européenne qui rappelle que «les exigences de la protection de l’environnement doivent être intégrées dans la définition et la mise en œuvre des politiques (...) afin de promouvoir le développement durable» et que ces politiques doivent être fondées sur les principes de précaution et d’action préventive. Même affirmation dans la jurisprudence de la cour de justice de la communauté européenne pour laquelle il n’est pas nécessaire désormais de rapporter la preuve de l’existence d’un dommage potentiel, mais seulement du risque éventuel de ce dernier, pour justifier de l’application immédiate du principe de précaution. Et lorsqu’il existe une incertitude, l’autorité compétente devra refuser l’autorisation. (...) Alors pourquoi tant de complaisance de la part des pouvoirs publics à seconder les projets de multinationales qui, malgré des chiffres d’affaire colossaux, profitent de la mondialisation pour justifier leurs pratiques et les masquent de surcroît sous une image trompeuse d’industriels soucieux de développement durable?"

Le discours s’est achevé avec des accents lyriques qui ont enflammé les manifestants: "Ici, ce soir, se brise le projet d’extraction de sable. Celui-ci devait conduire dans le plus grand secret, sans concertation des citoyens, sans consultation des élus, sans étude d’impact préalable, à transformer une région préservée en un vaste bassin industriel où tous les pêcheurs, ostréiculteurs, plaisanciers n’auraient plus leur place. Ici, ce soir, émerge la prise de conscience citoyenne face aux décisions des pouvoirs publics. La décision prise depuis Paris par un éphémère ministre de l’industrie est relayée sur place par l’autorité sous-préfectorale. Cette dernière, au lieu de s’attacher à des missions de service public, c’est-à-dire à la prise en compte de l’intérêt général des populations locales, préfère prendre le parti de deux multinationales. Ici, ce soir, est né un mouvement citoyen issu de la société civile, sans attaches partisanes, mû uniquement par le désir de préserver la nature et l’environnement. Ce mouvement prend naissance là même où, voici 30 ans, un projet de défiguration du site par la construction d’une centrale nucléaire a été mis en échec par la mobilisation des hommes de progrès. Ici, ce soir, se forge l’espérance : nous n’étions au début qu’une petite poignée d’hommes libres et résolus. «j’ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ une troupe de marins, d’ouvriers, de paysans». Ils ont été rejoints ici par des femmes et des enfants, par des actifs et des retraités. Ce n’est plus une troupe. C’est un peuple debout qui se lève et qui marche. C’est un peuple fort de la conviction qu’il a de la légitimité de ce combat. Ce peuple, c’est le peuple des dunes." Une cause qui mérite d’évidence d’être soutenue.

Olivier Bonnet
Plume de presse le 27/03/2007
Republié sur Natura Vox


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